L’être humain est le plus stupide et le plus cruel des êtres vivants

Nous sommes des millions à être entassés dans des cages où nous ne pouvons nous mouvoir, courir ou nager. Nous passerons notre existence à attendre d’avoir le cou tranché, à attendre notre mort dans des conditions exécrables de saletés et de puanteur pour satisfaire un marché dans lequel nous ne valons rien.

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L’être humain sait exercer sa cruauté sur l'ensemble des vivants, de l'insecte qu'il écrasera avec le bout de son doigt, à l'enfant d'un pays lointain qu'il fera travailler pour pouvoir téléphoner. De là où je me trouve, je ne saurais dire si sa cruauté a engendré sa stupidité ou si sa cruauté a pour origine sa stupidité.

Je ne suis qu’un minuscule animal, un vison d’Amérique élevé pour sa fourrure. L’être humain ne mange pas les visons. Mais il me détient et il détient les miens par millions, pour le plaisir de se pavaner, orné par les doux poils de mes ancêtres et semblables qu’il aura tués pour contenter son égo surdimensionné.

Nous sommes des millions à être entassés dans des cages où nous ne pouvons nous mouvoir. Nous ne verrons jamais le bleu du ciel, nous n’entendrons jamais le vent dans les feuilles, ni le bruit du cours d'eau dans lequel nous aurions pu nager. Nous ne connaitrons jamais la nuit dans laquelle nous aurions pu courir et chasser, nous n’habiterons jamais le terrier dans lequel nous aurions pu nous cacher et nous abriter.

Notre existence passe et passera sans que nous ayons vécu. 

Nous attendons, emprisonnés, dans des conditions exécrables de saletés et de puanteur, d’avoir le cou tranché.  Pour satisfaire un marché dans lequel nous ne valons rien. Et nous serons tués, non par nécessité, mais pour la coquetterie de quelques uns ou de quelques unes. L’être humain n’est pas un super prédateur, c’est un infâme prédateur. Il tue sans besoin et sans la moindre culpabilité des êtres vivants car il pense, à tort, être le seul à avoir conscience de lui-même et du monde qui l’entoure. Un monde dans lequel il se sert gratuitement et qu’il ose faire payer à ses semblables une fois en caisse.

Pour lui, tout est argent et tout devrait être plaisir. Cet être humain que j'entrevois aujourd’hui si fragile, si pathétique, qui s’entête à accélérer et qui va se prendre un mur de face, à pleine vitesse, alors qu’il aurait pu ralentir et s’arrêter.

L’être humain est écœurant d’orgueil et d’égoïsme. Sa soif de domination est tellement intarissable, qu’il ne peut renoncer, plongeant le vivant tout entier, dans un état d’instabilité dont il finira par être la principale des victimes. Il est le seul être vivant à construire un avenir qu’il sait désastreux mais qu’il n’hésitera pas à offrir à sa progéniture.

L'humain a peur, peur pour lui, peur pour sa liberté. Cependant, il ne craint pas pour les autres et s’il est grégaire, il est certain qu’ils ne sont pas nombreux à être capables de se sacrifier pour le troupeau. Ou plutôt pour la masse, cette masse qui réfléchit pas, cette masse sourde et aveugle aux conseils et observations de quelques uns.

La réification du vivant est son plus grand chef-d’œuvre et reste son immense défi. Riche de son confort et de son individualisme, il a beau savoir que le vivant est un univers complexe dont il ne connait pas toutes les liaisons, il se fiche de détruire les maillons d’une chaine sur laquelle il croit qu’il pourra, en temps voulu, avoir un pouvoir de réparation.

Car aujourd’hui l’être humain est en mesure de constater et de contempler l’étendue de ses exactions : celui qui ne rassemble que 0,01% des vivants est parvenu à décimer 85 % des mammifères terrestres. Il sait donc qu’il est à l’origine de la sixième extinction massive et malgré les cris d’alerte et de détresse de quelques farfelus, il continue d’y participer avec toujours plus de vigueur et de fièvre, souhaitant peut-être gagner le titre de la première extermination de masse délibérée.

L’être humain compte aujourd’hui ses morts, ses morts de l’épidémie de la COVID 19 qui n’est qu’un avertissement de la nature blessée par ses comportements démesurés et violents. Nous aussi, nous comptons nos morts, des millions tués par les hommes qui nous ont transmis ce même virus et qui ont dû se débarrasser de nous au plus vite, sans grande émotion pour nombre d’entre eux.

Les jours passeront mais un soir la nuit tombera et avalera les hommes, le silence s’abattra sur eux et ils entreverront leur solitude avec le vertige de l’infini. Ce jour-là, qui n’est pas si loin, ils pourront contempler les ruines d’un monde dont ils se croyaient maîtres par absence d’humilité.

 

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