Nous vivons la sixième extinction massive et aujourd'hui, on fêtera ça au bistrot !

« La guerre de l'humanité contre la nature est suicidaire » António Guterres, ONU. Vers qui faut-il donc se tourner pour tenter de penser ce constat crucial posé par l’ONU, à savoir qu’une menace existentielle directe pèse sur le vivant ?

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Nous noterons que cette information ne fait pas la une des médias, qu’elle préoccupe vaguement la plupart d’entre nous sans, pour autant, nous empêcher de dormir. Une poignée de militants extrémistes et de gourous apocalyptiques font régulièrement parler d’eux mais loin d’être pris au sérieux, ils passent pour des enragés contestataires dangereux, nuisibles à l’ordre public.

Parlons maintenant de nos dirigeants qui savent pertinemment que cette menace ne vient pas de l’extérieur, mais que nous en sommes la cause directe et fondatrice. Pour ne donner qu’un seul chiffre, les êtres humains représentent 0,01% des vivants et ils sont parvenus à décimer 85% des mammifères terrestres. Ce génocide, dont les chiffres effrayants pourraient aisément être développés, n’est quasiment jamais mentionné dans les médias et par nos représentants.

Nous sommes nombreux à opérer un déni face à la réalité. Un déni qui rend notre quotidien plus confortable, éloigné de ce à quoi nous ne désirons pas nous confronter.

Nos dirigeants se gardent bien de parler de notre rapport prédateur et destructeur face au vivant, ni de nommer ce crime de masse. Ils se contentent dans des salles climatisées de se questionner sur le réchauffement climatique. Ils se plaisent à évoquer un futur incertain mais ne mentionnent pas les constats présents, à savoir que plus de la moitié des populations vivantes ont déjà été éradiquées (insectes, mammifères, arbres).

Bien que le réchauffement climatique soit effectivement un problème, il n'est qu'un problème parmi d’autres. Et il convient de rappeler, en outre, qu’aucun de ces rassemblements n’a jamais engendré la moindre baisse d’émission de CO2, qui, mise à part, en temps de pandémie, n’a jamais cessé son augmentation.

Parler du réchauffement climatique est donc encore une manière de nous centrer sur notre inconfort sans prendre le temps d’observer l’étendue de nos exactions envers le vivant.

Un autre problème est notre envahissement illimité et toujours croissant des espaces naturels que nous détruisons à notre profit. Les vivants non-humains n’ont plus d’espace où vivre et habiter et meurent par centaines de milliers. La pandémie que nous vivons actuellement en est certainement une cause directe qui est due au franchissement de la barrière des espèces, à la diminution des habitats naturels et aux élevages intensifs qui subviennent à notre suralimentation carnée.

Malheureusement nous sommes confrontés à un problème systémique et les classes dominantes aiment ce monde qui légitime leur place, qui les protège et les honore. De fait, ils ont un rôle très important dans la « reproduction du monde à l’identique et qui est devenue aujourd’hui la pire menace pour la vie sur terre »[1]. Nos dirigeants, nos élites ne peuvent créer un nouveau système qui fabriquerait pour eux de l’instabilité. En effet, leurs bénéfices, leurs modes de vie leur font relayer au second plan les désordres et les agressions dont ils sont à l’origine. 

Leurs privilèges, leurs réussites sont résolument dus à des circonstances économico-culturelles qui leur ont été avantageuses. Mais, loin de les rendre redevables face à la population, ils prétendent incarner cette idéologie charismatique du don. Malheureusement, si le communautarisme et le séparatisme sont des sujets qui font actuellement débat, il est certain que le communautarisme de nos élites et leur séparatisme vis-à-vis de leurs concitoyens, en font des hommes et des femmes surprotégés qui ne distinguent pas les incohérences et la dangerosité de leurs actions et encore moins de leurs décisions.

De plus, les mandats pour lesquels ils ont été élus ne sont pas en adéquation avec la temporalité des mécanismes écologiques et nos hommes et femmes politiques ne se lancent pas volontiers dans la défense de causes dont les effets ne se ressentiraient pas dans l’immédiateté et seraient contraire à leurs intérêts personnels à court terme.

Les taiseux n’ont plus la côte. Les contemplatifs et les timorés sont démodés, et ne parlons pas de ceux qui sont lents, à fuir absolument ! Les dubitatifs font peur, ceux qui doutent manquant d’assurance ne peuvent rien entreprendre. Les classes dominantes tremblent devant la perte de leurs privilèges. Sommes-nous fichus pour autant ?

Ce qui est certain c’est que la solution ne se trouve pas dans les progrès techniques ou le miracle scientifique et qu’elle entre en contradiction avec nos intérêts directs et immédiats.

Nous ne pourrons jamais revenir en arrière, cependant au lieu de détruire la planète, réfléchissons à déconstruire et à reconstruire, de manière libre et radicalement autre, un nouveau système. Dans lequel nous perdrons un certain nombre d’avantages. Dans lequel l’avenir est incertain mais qui se montrera, au final, bénéfique à la survie du vivant sur le long terme.

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