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Billet de blog 2 déc. 2021

Précarité = Adelphité

Nous exclure, nous isoler, nous trier a toujours été admis; nous sacrifier n’a jamais été que le pas suivant déjà franchi par l’histoire, l’actualité nous a prouvé que le franchir à nouveau n’était pas une difficulté.

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Nous sommes très fières d’être aux côtés d’Act Up-Paris pour partager ce moment de commémoration de la lutte contre le Sida alors qu’il nous faut encore, 40 ans après, mener cette lutte dans des conditions toujours plus déplorables pour les plus vulnérabilisé·e·s d’entre nous. 

Depuis des décennies nous assistons à l’attaque systématique de nos droits sociaux et à la mise en doute accusatrice de notre légitimité à pouvoir y prétendre. Alors que nous devons traverser de dangereux moments d’incertitude collective et que nos communautés sont désignées coupables par nature, alors que les discours haineux des pourvoyeurs d’un virilisme primaire, validiste et d’un racisme profond ont été réconfortés dans leurs obsessions par ce gouvernement pyromane, la traque acharnée des personnes les plus vulnérabilisées s’est accélérée ces dernières années dans des proportions qui confinent à la honte et au pur déshumanisme.

Notre droit fondamental à la santé n’a pas échappé à cette charge capitaliste cynique qui n’a qu’un but assumé : privatiser le bien commun jusqu’à la moelle, démembrer la sécurité sociale et réserver les plus beaux morceaux de notre système de santé aux appétits féroces de l’extrême libéralisme. 

L’idée de fond de cette guerre sociale pour le profit dans laquelle nous sommes les ennemi·e·s identifié·e·s est très claire : naturaliser les inégalités sociales pour en dissimuler le caractère systémique et  nous renvoyer à « nos » déterminations et à nos responsabilités individuelles. Le théorème du parfait petit Etat gestionnaire et sa logique atrophiée s'applique avec rigueur : nous juger responsable d’être vulnérables c’est justifier du même coup qu’il faille nous faire payer nos vulnérabilités, c’est essayer de faire oublier les véritables responsabilités de celles et ceux qui ont toujours défendu et supporté des politiques sociales et de santé publique confortant l’ordre hétéro-patriarcal sexistes, racistes, validistes, sérophobes, LGBTQIphobes dans ses fondements et renforcé les systèmes de dominations établis parce qu’il les favorise quand il nous vulnérabilisent. Les femmes handicapées en sont les premières victimes.

Alors que sont reconnus les risques multipliés qui nous concerne d’être exploitées, agressées, battues, violées, tuées, alors que 80% d’entre nous ont été, sont ou seront victimes de violences psychiques, physique ou  sexuelles, que nous sommes considérées pour inférieures, moins qu’humaines, que nous sommes infantilisées, psychiatrisées,  ségréguées, encore faut-il que nous soyons confrontées à la brutalité d’un système de santé indigent, appauvri par les coupes budgétaires, où se rejouent les inégalités.

Ainsi le corps médical reproduit-il en son sein les discriminations et les violences validistes avec plus de virulence encore pour celles parmi nous, femmes trans et/ou racisées et/ou migrante et handies qu’elles se trouvent aux croisement de plusieurs dominations. Quand nous ne sommes pas écartées du soin d’emblée, celles qui y ont accès n’y accèdent jamais sans danger.

Aujourd’hui le « triage » est devenu la règle d’or, celle qui nous exclue, nous sépare, nous isole, celle qui distingue celleux qui pourront prétendre à une place légitime dans la société, des indésirables, celle qui détermine celleux qui pourront être soigné·e·s de celleux qui ne le pourront pas, celleux qui pourront vivre de celleux qui ne le pourront pas. Le procès est ultime, la meilleur économie qu’ils puissent faire sur nos vies, c’est notre mort et leur principe d’élection érigée en paroxysme voudrait faire oublier à chacun·e que vivre est un droit.

Par idéologie, par intérêt, les gouvernements néo-libéraux qui se sont succédés ont ainsi condamné notre système de santé à vivre à genoux, l’épidémie que nous traversons l’a jeté à terre. Pendant que nos représentant·e·s lavaient leurs mains sales, des soignant·e·s désarmé·e·s ont dû appliquer des directives de tri eugénistes écœurantes dont les premières victimes ont été, comme toujours, les personnes handicapées. Parmi nous les personnes psychiatrisées et plus particulièrement schizophrènes ont été, sur ces critères, écartées de la réanimation dans l’indifférence générale : parce qu’il est commun d’estimer que notre vie, jugée misérable, ne vaut rien, qu’elle ne mérite pas la peine d’être vécue, que notre mort est souhaitable, que nos mort·e·s sont acceptables. 

Les meurtres impunis d’enfants et d’adultes handicapé·e·s qui voient aujourd'hui encore l’empathie collective se tourner avec indulgence vers des bourreaux excusé·e·s par l’idéologie validiste dominante  pour leurs actes criminels montre combien les violences auxquelles il nous faut survivre son normalisées et à quel point nos vies sont précaires et menacées.

Nous exclure, nous isoler, nous trier a toujours été admis; nous sacrifier n’a jamais été que le pas suivant déjà franchi par l’histoire, l’actualité nous a prouvé que le franchir à nouveau n’était pas une difficulté. 

Aujourd’hui c’est l'adelphité qui nous permet de faire communauté et de nous battre ensemble pour nos droits quand nous étions encore seul·e·s hier pour lutter.

Ma prise de parole à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida et de la marche commémorative organisée par Act Up-Paris.

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