Je suis de celles

Je suis de celles que l’on agresse, que l’on violente, que l’on viole, que l’on tue. Je suis de celles que l’on infantilise, de celles qui dérangent, de celles qui vivent la contradiction, de celles qui vivent la négation, de celles qui vivent la violence et l’assujettissement institués du patriarcat et du validisme.

Je suis de celles que l’on agresse, que l’on violente, que l’on viole, que l’on tue. Je suis de celles que l’on infantilise, de celles qui dérangent, de celles qui vivent la contradiction, de celles qui vivent la négation, de celles qui vivent la violence et l’assujettissement institués du patriarcat et du validisme. 

Je suis de celles qui sont toujours trop ou pas assez, trop handicapée, pas assez femme, la quantité négligeable, le moindre, le méprisable.

Je suis de celles que par lâcheté vous regardez avec pitié, de celles que vous renvoyez à l’indiscutable vulnérabilité, mais ma vulnérabilité n’est pas celle que vous voulez m’attacher, celle que vous voudriez que je porte sur ma peau comme une évidence, celle qui vous plaît tant, qui vous arrange, qui expliquerait tout ; celle qui ferait de moi par nature une victime et parce que naturalisée victime d’un coup repoussée serait l’idée que vous en soyez responsables, vous qui n’êtes responsables de rien, vous qui pourtant décidez de tout.

Vous aurez beau contourner votre responsabilité comme le bord escarpé d’un ravin, étaler comme une vérité vos récits apitoyés sur ma vulnérabilité, travailler à naturaliser des dominations sociales injustes parce qu’elles vous sont confortables: il est temps de déciller les yeux sur l’abrupte réalité et de vous poser une fois pour toutes la question des conditions qui rendent possibles et favorisent les violences faites aux femmes handi.

80 % d’entre nous ont été, sont ou seront victimes de violences psychiques, physiques, sexistes ou sexuelles ; 34 % d’entre nous sont victimes de violences conjugales et que faites-vous ? Vous préférez écarter du bras tout le savoir acquis sur les mécanismes de l’emprise, sur la construction d’un rapport de domination et sur l’entretien d’un environnement ordinairement violent, vous préférez ignorer contre tout la brutalité du validisme qui nous oppresse et vous préférer refuser, contre nous, de déconjugaliser le calcul de l’AAH, jusqu’à l’indignité politique.

Non, je ne suis pas une victime toute faite, non, je ne suis pas le produit d’une vulnérabilité multipliée, et non je ne suis pas vulnérable par nature, je suis vulnérabilisée.

Quand vous m'assignez à la pauvreté, c’est vous qui me rendez vulnérable. Quand vous refusez de déconjugaliser l’AAH. Quand vous vous acharnez à renouveler les conditions de l’injustice sociale, c’est vous qui me rendez le présent insupportable. Quand vous m’imposer la violence d’un choix injuste à faire auquel personne ne devrait jamais être confronté. Quand vous m’obligez à sacrifier par amour mon indépendance financière et avec elle ma liberté, mon individualité, c’est vous qui m’arrachez ma dignité. Quand je me retrouve subordonnée, infériorisée, infantilisée et ma vie assujettie à celle d’un autre, c’est vous qui me réduisez à n’être plus rien. Quand vous refusez, impassibles, de déconjugaliser l’AAH, c’est vous qui installez un rapport de domination entre mon partenaire et moi, c’est vous qui permettez sur moi l’emprise en organisant ma dépendance, c’est vous qui m’exposez aux violences conjugales. Vous êtes responsables.    

Non, je ne suis pas vulnérable, je suis vulnérabilisée et c’est vous qui me vulnérabilisez.

Il en est maintenant de votre responsabilité politique qu’aucune rhétorique naturaliste ne parviendra plus à éclipser d’agir enfin et d’ajuster la loi aux nécessités qu’appelle une justice sociale équitable. Le 17 juin prochain, vous qui êtes député·e·s, refusez de m’infantiliser, de décider à ma place de ce que doit être ma vie, refusez de faire le lit des violences conjugales et de vous en rendre complice, refusez de me vulnérabiliser. Prenez la mesure de votre responsabilité, votez pour la déconjugalisation de l’AAH.

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