Napoléon: son île, sa vérité.

BICENTENAIRE: Napoléon et sa suite impériale d’experts prestigieux, s’installent à Ajaccio. Un rendez-vous palpitant avec l’Histoire, les mardis à 18h30 en avril et en mai, site de la Collectivité de Corse.

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Eclipsées par l’histoire officielle française, voici les racines insulaires corses et méditerranéennes de Bonaparte, puis tout sur son enfance, sur le jardin secret de son inspiration politique, sur les énigmes non résolues, sur les ressorts les plus méconnus de sa gloire, sur sa tentative de suicide, sur les îles qui ont jalonné son parcours terrestre, sur sa soif de publicité politique, sur les nouvelles interprétations psychologiques, dans le sillage d’une fascination hors norme et de l’immortalité …Le président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni organise un cycle de conférences: « "NAPOLÉON ET LA CORSE : HISTOIRE ET MÉMOIRES » en partenariat avec la délégation corse du Souvenir napoléonien.
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Pour commencer mardi 6 avril, direction la Rome antique. Du haut de l’Hémicycle de la Collectivité de Corse : la parole est à Jacques-Olivier Boudon Président de l’Institut Napoléon. Il raconte les "leçons de l’Antiquité" telles qu’elle fûrent assimilées puis mises en pratique par « Napoléon le dernier romain » (Ed. Belles Lettres). Bonaparte qui prononçait ce discours « Du haut de ces pyramides, quarante siècles d’histoire vous contemplent… », en savait déjà plus que la plupart de ses contemporains sur les Pharaons et leur empire. Comment a-t-il pérennisé son action en tant que chef d’Etat ? Pourquoi sa notoriété mondiale s’est amplifiée depuis le XIXè siècle?

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Ensuite le 13 avril: David Chanteranne historien, décrypte l’insularité de l’Empereur ( L’Insulaire - Editions du Cerf), une approche extrêmement originale (mais pas inédite) qui explore,  une à une, toutes les îles qui ont façonné la destinée de Bonaparte. Outre la Corse de 1769 à 1793 et les exils d’Elbe (1814) et de Saint-Hélène (1815-1821) :  il y eut l’expédition de Sardaigne, l’étape à Malte en 1798, le couronnement à Paris dans l’Ile de la Cité (1804), puis le « radeau de Tilsit », l’Ile Lobeau (sur le Danube en 1809) et l’Ile d’Aix ( 1815 après Waterloo). Bon voyage avec David Chanteranne qui a publié, avec beaucoup d’amour, les plus extraordinaires ouvrages dédiés à N. A noter qu’en 2006, Arnaud d’Aunay publiait « Empereur des Iles, Empereur d’exils » splendide ouvrage illustrant toutes les îles associées à N. Dont San Stefano ( Sardaigne 1793) , Porquerolles (1793) , Isola Bella (Lac Majeur 1797), Murano à Venise en 1807, l’Ile d’Indret sur la Loire en 1808, l’Ile de Walcheren (Pays-Bas 1811) etc…

Autre approche le Mardi 20 avril : Jean-Marie Rouart Membre de l’Académie française évoque « Le thème de l'échec et de l'identification ». Ce qui a toujours, en priorité, interpelle J.-M. Rouart c’est la destinée elle-même.  

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Quand il travaille sur le mot « identification » c’est avant-tout de lui-même, dit-il, qu’il s’agit. Voici ce qu’il confie à la journaliste Hélène Montjean. J.-M. Rouart : « pourquoi on s’identifie à ce point à Napoléon ? Il y a un phénomène d’identification qu’on ne trouve pas avec les autres personnages historiques ; peu de gens se prennent pour de Gaulle, Louis XIV ou Jeanne d’Arc. J’ai pris les choses sous l’angle de la faiblesse et de l’échec. Les historiens s’intéressent au succès, à ses détails, ils ne se rendent pas compte qu’une vie est faite de beaucoup plus d’échecs. Regardez la vie du général de Gaulle, de Napoléon, de Churchill ou d’Abraham Lincoln… » De quoi envisager avec plus de lucidité la tentative de suicide de Bonaparte, elle est authentique, certifiée par les contemporains mais les historiens préfèrent l’oublier…

Mardi 27 avril  voici venu le moment de la grande confrontation entre N. et la littérature corse, une conférence de Eugène Gherardi,

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Professeur des Universités ( Univ. Pascal Paoli ). Car en Corse, se déploient des études inédites sur Napoléon,  incluant de nombreux colloques, édités et coordonnés par Jean-Dominique Poli  Maître de conférences en littérature comparée à l'Université de Corse. J.-D. Poli: «  Napoléon, personnage historique exceptionnel, est devenu une figure mythique incluant l’Ogre insatiable surgi de Corse et le Héros au visage auréolé des lauriers d’Apollon. Face noire et face dorée forment une énigme et soulèvent des passions contradictoires. L’actuel retour, si étonnant, de la figure complexe de Napoléon (études spécialisées, intérêt grandissant d’un large public), pose la question de son « impossible commémoration » et de sa faible participation à la structuration du champ symbolique associée à la redéfinition des espaces sociaux et culturels. »

Mardi 4 mai à 18h30. L’hémicycle de la Collectivité de Corse à Ajaccio est prêt pour une entrée en scène du prince Charles Bonaparte  qui médite avec talent sur « La modernité de Napoléon. »

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Descendant du frère cadet Jérôme, cet arrière-arrière petit-neveu  de l’Empereur,  Charles Bonaparte a publié « La Liberté Bonaparte» (Ed. Grasset.), s’est engagé aux côtés des socialistes puis du Modem. Il a déclaré au journaliste Frederic de Natal: «L’empire est une parenthèse institutionnelle, Napoléon est un homme de la révolution qui a eu une carrière au service de la République. Je refuse d’être un héritier au sens de la reproduction des valeurs et visions politiques qui ne correspondent pas au siècle ». 

Mardi 11 mai à 18h30  : « Napoléon Bonaparte en Corse, ou l’expérience en négatif de l’épopée » par Marie Ferranti romancière, Grand prix du roman de l’Académie française. Publiant  chez Gallimard « Une haine de Corse. Histoire véridique de Napoléon Bonaparte et de Charles-André Pozzo di Borgo »,

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M. Ferranti analyse la relation conflictuelle entre deux amis d’enfance. Pozzo di Borgo devient avocat, participe à la Révolution à Paris, est élu député de la Corse. Portrait :
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« il assiste à l’ascension de Bonaparte avec méfiance, avant de s’opposer à lui au point de se mettre au service du tsar de Russie, dont il sera un puissant conseiller – rôle dont Napoléon, après sa chute, reconnaîtra l’importance décisive. ».

Mardi 18 mai à 18h30 Arnaud Benedetti Rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire », présente le numéro spécial  Napoléon. Quelle place pour la Corse et son histoire dans le roman national autour de Napoléon ? A. Benedetti: « il y a décalage et méconnaissance de la trajectoire de Napoléon au-delà des grands épisodes du récit national qui, à ce jour, n’a pas intégré l’histoire de la Corse. Bonaparte est un parfait produit de son époque et sa relation à Paoli et à la Corse est fondamentale. Paoli étant lui-même un homme de son temps, au coeur des débats et qui médite sur comment bâtir un régime politique, régir les relations entres les pouvoirs, émanciper les individus, faire des lois qui enracinent la légitimité politique. » La Corse au temps des Lumières politiques.

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A. Benedetti : " au XVIIIè siècle, les élites  européennes avaient considéré la Corse comme un laboratoire où émergeait une expérience politique, correspondant à l’affichage des principes d’un nouveau contrat social. Autre approche : Bonaparte qui nait en 69 dans une Corse devenue française, est le premier exemple corse d’une promotion sociale unique grâce à la France ! Mais il est doté d’un excellent bagage culturel et politique et il est mieux armé que d’autres, pour comprendre un moment historique de la société française. A Paris, on continue à tenter de calquer les destinées des présidents de la République par rapport à Napoléon, ça été le cas avec Nicolas Sarkozy. Car, Napoléon est le continuateur, le consolidateur d’un processus multi séculaire de la construction de l’Etat, et c’est ce qui reste de plus remarquable de lui aujourd’hui. Autre volet de son génie : il l’invente la propagande moderne, il a comprend très tôt que le facteur de légitimation de la politique c’est l’opinion publique! Jeune général de l’Armée d’Italie, il suscite la création de gazettes en Italie puis à Paris, pour expliquer ses exploits militaires. Il est l’indépassable inventeur  très professionnel de la communication politique. »

LV

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