Bouleversant dialogue direct entre E. Macron et la compagne d'Yvan Colonna.

" S’il vous plait, M le Président, mon fils n’a pas vu son père depuis 1 an et demi. Et il est innocent ! " : dialogue direct, impromptu, historique, entre la compagne d'Yvan Colonna actuellement condamné, et le Président E. Macron, au soir de la journée d'hommage solennel à la mémoire du Préfet Claude Erignac assassiné il y a vingt ans à Ajaccio.

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Ajaccio 6 février 2018: l’Histoire s’écrit au jour le jour.

Le Président E. Macron en Corse les 6 et 7 février 2018 pour un hommage solennel au Préfet Claude Erignac, une rencontre avec les deux présidents de l'île,  Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni. Puis une série de visites en Haute-Corse le lendemain 7 février et un discours à Bastia. A Ajaccio vers 19h, près du Musée Fesch, un moment emprunt de tragédie bouscule soudain le protocole, sous l’oeil des officiers de sécurité et des caméras. Rien n’est préparé, et sans doute pas la détermination d’une femme élégante, vêtue d’un manteau rose, c'est Stephanie Colonna,  la compagne d'Ivan Colonna, jugé et condamné à la perpétuité, pour l'assassinat du Préfet Claude Erignac lors de procès successifs et d'appels très controversés. Elle fend la foule et s’adresse au Président de la République. En Corse rien ne vaut le dialogue direct. Entre ses deux êtres, la poignée de main se prolonge ainsi que le dialogue historique, yeux dans les yeux : « S’il vous plait, M le Président, mon fils n’a pas vu son père depuis 1 an et demi ! Ce n’est pas un animal, c’est un être humain, il est innocent et je ne parle pas d’amnistie… ». Le Pd E. Macron lui répond : « je ne vous dit pas le contraire de ce j’ai dit ce matin. Mais que votre enfant puisse voir son père, que les personnes qui sont détenues dans notre pays puissent voir leur famille, ça fait partie des choses que nous allons assurer. Vous me regardez dans les yeux, je ne vous mens pas.» . Moment bouleversant, quasiment le seul, au terme d’une journée dédiée à un hommage solennel et compassé, organisé en présence du très jacobin et très critiqué Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur en 1998, quand le Préfet Claude Erignac, qui circulait seul et sans protection, fût lâchement assassiné dans une rue d’Ajaccio. L’inauguration de la « Place du Préfet Claude Erignac » s’est déroulé en présence de Gilles Simeoni, Président de la Collectivité Territoriale de Corse et de nombreux élus de Corse nouveaux et anciens, dont le maire d’Ajaccio L. Marcangeli, l’ancien maire de Bastia Emile Zuccarelli, les trois députés nationalistes qui siègent actuellement au Palais Bourbon.
Toutefois, ni la douleur, ni les paroles de Mme Erignac, ni la présence des enfants du Préfet, ni le discours du Président Macron, n’avaient réussi à atteindre le coeur de l’évènement. Ce soir, avant la rencontre tardive entre E. Macron et les deux présidents de la Corse : ce face-à-face entre le Président de la République et une femme éplorée et sincère redonne toute son intensité mémorielle aux évènements, passés et présents. Particulièrement en regard des cinq décennies de lutte de la Corse pour son émancipation et des incessants combats pour la vérité politique, dans ce qui reste une longue et douloureuse histoire, commune, entre la Corse et la France. Et d'autant que Stephanie Colonna affirme : " il est innocent !".

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Ce soir, et encore plus demain à Bastia, quelle sera la tendance impulsée par le Président de la République ? Va-t-il reconnaître un fait politique, le suffrage universel et le mandat clair que les électeurs insulaires ont donné aux élus de Corse ? Va-t-il amorçer un début de dialogue sur les revendications essentielles de l’île, à savoir l’évolution institutionnelle et tout ce qui en dépend, dont le statut non spéculatif de résident,
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le pouvoir de légiférer notamment sur le volet fiscal, la co-officialité linguistique?  La journée a mal commencé pour le Président E. Macron, quand il a déclaré, de surcroit devant le Président Gilles Simeoni ancien avocat d’Yvan Colonna : « Ce qui s’est passé ici le 6 février, ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas… ». Des mots malheureux « une atteinte aussi violente qu’infondée aux droits de la défense » qui ont immédiatement déclenché la riposte et des communiqués scandalisés en provenance des barreaux de Bastia et d’Ajaccio, repris par toute la presse nationale et internationale. Provocation, improvisation de la part de E. Macron ? Les avocats de Bastia et Ajaccio estiment «  qu’il s’agit d’une atteinte sans précédent aux principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, intégré dans le bloc de constitutionnalité et dont l’avocat est l’un des piliers essentiels ».

 

LVittori

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