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Billet de blog 10 oct. 2021

ARTE MARE des documentaires corses illuminent avec bienveillance l’histoire de l'île.

ARTE MARE 2021. Des documentaires corses qui illuminent, avec bienveillance, l’Histoire de la Corse, plus des fictions et des courts métrages réalisés en Corse, des cinéastes méditerranéens et des films primés : Arte Mare 2021 se termine, en avant pour la 40 è édition 2022.

Liliane VITTORI
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Bastia 2 au 9 octobre 2021. Tout le mérite du Festival ARTE MARE présidé par Michele Corrotti, consiste à maintenir le cinéma de Corse dans son bain insulaire nourricier, à le faire vivre à l’intérieur de sa matrice originelle qui est l’île, pour lui permettre ensuite de voyager à l’international vers les festivals et tous les écrans. D’Israël au Maroc, de l’Algérie à Malte et aux Etats-Unis, de Paris à la Grèce et à l’Egypte... à Bastia lors de cette 39e édition, on a vu des fictions bouleversantes et poétiques, des courts métrages insolites et provocants. Et des documentaires de création imaginés, financés, tournés en Corse. Ils documentent la mémoire de l’histoire de la Corse, perpétuellement éclipsée par l’histoire de France. Ils sont comme ces « trains qui avancent dans la nuit » de François Truffaut, et ici, ils avancent inexorablement poussés par les formidables épisodes et dynamique de la longue et riche histoire de l’île.

Ainsi, sur les connections de Napoléon avec ses îles, on a vu « Insulaire dans l’âme » de Isabelle Balducchi, sur le 19è siècle révolutionnaire européen « Garibaldi l’énigme corse » de Dominique Maestrati, et aussi « Da e stelle a e stelle » de Catherine Sorba sur l’épopée d’Edmond Simeoni. Et plus récemment voici une réflexion sur le rock des années 80 en Corse avec « Sale tête ce gamin » de Serge Bonavita. Point commun de ces documentaires de création ? Ils parlent tous d’un moment de l’histoire de la Corse, via des données historiques et sociologiques fiables et avec talent et conviction.

Peut-on reconnaître un film corse dès les premières images, le paysage, le décor, les personnages, les dialogues, les silences ? Très hasardeux de répondre à cette question, excepté qu'il existe ( peut-être?) un dénominateur commun à certains de ces documentaires et courts métrages corses ... à savoir la Nature de l'île, omniprésente, comme omnipotente, même en brêve apparition.

Une nature qui toujours surgit, mystérieuse, insondable, indomptée, qui est positionnée en courte citation, souvent au début des films et des documentaires, en scène d’exposition. Un moment non développé, et non élucidé, mais installé comme un passage obligé incontournable.

Des routes de montagne dans la nuit, des rivières et des cascades, les Aiguilles de Bavella, les ciels filmés par des drones, les falaises de la Scandola, la mer turquoise, un ferry dans le port de Bastia : la Nature insulaire est là dans certains courts et documentaires corses et ils dialoguent entre eux. Le navire porte-containers à l’approche de St-Hélène dans "Insulaire dans l'âme", renvoie à la lagune de « Bleue » (O. Paccioni), les sommets fulgurants du centre de la Corse renvoient à la Caprera de " Garibaldi, l'énigme corse", les structures de béton de la baie d’Ajaccio seraient-elles en lien avec la forêt de « Nazanin celle qui cherche » (G. Lodovici)? Ceci est un point de vue personnel et particulier, car lors d'un festival aussi fourni que Arte Mare, on butine ici et là, saisissant des bribes de réalité à travers des films et documentaires d'auteur, eux-aussi oeuvres de création totalement non objectifs et non neutres.

Ces documentaires de création sont-ils comme les pierres d’un mur qui racontent, qui construisent avec bienveillance et conviction, et pour tous les publics, la mémoire et l’histoire de la Corse ?


Dominique Maestrati auteur de « Garibaldi l’énigme corse »: « j’essaie depuis des années de montrer des hommes et des femmes qui font honneur à la Corse, comme Pascal Grousset-Benedetti,  qui fût ministre de la Commune de Paris,  inventeur des jeux Olympiques et ami de Jules Verne. Ou Charles Bonafedi, tué en luttant contre le nazisme avec les partisans du Maréchal Tito ou bien Antoine-Martin Peretti journaliste à l’Humanité, ami de Jaurés. Au lieu de se complaire dans le discours victimaires et toujours mettre en avant, la mafia la violence, et nos  tares qui existent comme partout ailleurs, je veux  insister sur ceux qui nous tirent vers le haut. ».

« Garibaldi l’énigme corse » s’attarde sur le portrait historique, les sites dont la Caprera entre Corse et

Sardaigne, les archives et les peintures de l’époque. « Garibaldi est l’un des personnages  les plus importants du 19è siècle note D. Maestrati. Légaliste et révolutionnaire mais oeuvrant pour le roi, croyant, franc-maçon et nationaliste... »

D. Maestrati auréolé de sa filmographie généreuse jette un regard critique sur un certain cinéma corse: « sans me prononcer sur mes jeunes collègues qui ont plus de moyens que la génération précédente pour réaliser leurs films,
je rappelle l’exemple de Andresj Wajda cinéaste ultra connu. Lui, quand le communisme régnait en Pologne, avait une mal fou à monter ses films mais il faisait des films exceptionnels ! Quand le communisme est tombé et qu’il a eu l’argent, ses films sont devenus moyens voir médiocres. La difficulté forge le caractère et permet de faire un saut qualitatif. Aujourd’hui on voit, y compris dans le cinéma corse, des produits standardisés sans contenu. Avant le fond primait sur la forme, maintenant c’est l’inverse et c’est dommage. »

L’insularité corse et les évolutions politiques ont donné des ailes aux documentaristes dont Isabelle Balducchi auteur de « Insulaire dans l’âme", axé sur les îles qui jalonnent la destinée de Napoléon Bonaparte né à Ajaccio. Des épisodes napoléoniens se déroulants à Malte, à l'Ile d'Elbe, et à Saint-Hélène. Invitant des historiens mais aussi , c’est rarissime, des philosophes et des psychanalyste elle questionne: la Corse est-elle ce ventre maternel, ce paradis perdu de

l’enfance, ce cocon familial qu’il faut quitter pour grandir?  Et puis quel est le sens de ce lien enraciné dans la double insularité avec son épouse Josephine originaire de la Martinique? 

Ce documentaire, développé sur la thématique de l'insularité,  basé sur des données historiques, est rigoureux, impeccable, captivant et divertissant. Isabelle Balducchi : "J’ai passé mon enfance sur l’île de la Martinique, Ile tropicale, Ile des Caraïbes, île d’un archipel. Mon autre île est la Corse, île de mes racines familiales, l’île où je vis, île Montagne, isolée en Méditerranée. La Martinique, la Corse : ces deux îles ont toujours été pour moi comme une interrogation. L’insularité m’a toujours intriguée et interrogée par le fait que je suis doublement insulaire corse et martiniquaise , et que,  pour ceux du continent, l’île est quelque chose d’exotique et synonyme d’ailleurs."

". Isabelle Balducchi médite sur le travail de documentariste en Corse : « être cinéaste en Corse ce n’est pas plus difficile qu’ailleurs. C’est vivant en Corse, choisir l’île comme territoire et comme terreau pour des sujets de films. A contrario, si on est basé à Paris on a mille fois plus de concurrence,  ici c’est un microcosme et il y a de la place pour tout le monde pour tous les cinémas. Je dirais même qu’on est mieux protégés, que dans la capitale.

Et on est plus libre pour écrire et réaliser en région, car à Paris, les co productions se montent avec plus d'argent certes, mais elles sont plus directives et contraignantes. Ici je me sens plus libre et cela fait 18 ans que j’écris et que je réalise ici en Corse. »

Assurant tous les postes de son film c’est dit-elle « un travail artisanal". Ce documentaire est financé sur fonds de la production, complété par France Télévision et la Région Corse «  c’est le même système à chaque fois, je suis ma propre assistante de production, assistante de réalisation, régisseuse, costumière, décoratrice, accessoiriste, actrice car je joue Josephine dans ce film. Un don de soi important ! Mais je suis heureuse, et à chaque film je me demande vais-je pourvoir en faire un autre avec autant de liberté ? « 


" Da e stelle a e stelle" ( D'une étoile à l'autre) avec un débat en présence de Lucie Simeoni. Le documentaire de Catherine Sorba tourné en 2018 ,

s’organise autour d’un texte de Edmond Simeoni et


« trace le portrait d’un petit peuple de Méditerranée, de ses luttes de ses espoirs, par la voix d’un homme qui a changé le cours de l’histoire en 1975. ». Réalisé en phase avec les activités de l'association dédiée à la mémoire de Pasquale Paoli aux Etats-Unis et notamment en Pennsylvanie et qui s'ouvre sur un discours de Gilles Siméoni prononcé en anglais au Collège Lafayette ( Easton PA). Dans le cadre du programme "International speakers" qui a déjà invité les présidents Gorbatchev, Jimmy Carter et Joe Biden. 

Ce documentaire co produit par Hamilcarprod et le Lafayette Collège, était au départ destiné à un public américain ". C Sorba : " ce documentaire de création est le récit d'un processus de libération, qui se raconte et s'inscrit dans l'histoire du peuple corse."

Il faut savoir que à Paoli-City (7000 km de Morosaglia), des américains fêtent chaque année la naissance du Général de la Nation corse, tradition qui perdure depuis 292 ans avec bientôt des voyages pour les jeunes corses et des partenariats économiques et touristiques entre Corse et Pennsylvanie.  Les Corses et particulièrement les jeunes insulaires savent-ils que cette photo représente la gare de Paoli City, noeud ferroviaire qui dessert Philadelphie capitale de l’Etat de Pennsylvanie au nord-est des Etats-Unis ? C’est ici que fût d’abord fondée au XVIIIè siècle la discrête  « Taverne de Paoli » lieu de réunion des futurs constitutionnels américains en lutte contre la tutelle anglaise. Ces révolutionnaires admiraient tant le Général de la Nation Corse, au point de perpetuer le nom Paoli dans leur toponymie locale ! Le plus extraordinaire ? La tradition et les liens diplomatiques se sont prolongés sans interruption et aujourd’hui encore les habitants de Paoli City sont soudés dans une association pour faire vivre la mémoire paolienne au coeur de l’est américain. 
Pour relancer cette amitié avec Paoli City, la Collectivité Territoriale de Corse avait  organisé en 2017,
une série d’événements sur trois jours. Les invités vedettes ? Mme Monique Quesada Consul Général des Etats-Unis et Edward C. Auble, Président émérite de la Paoli Business and Professional Association, maître d’oeuvre depuis des années de ces opérations entre Pennsylvanie et Corse. Déjà en 2015, Ed C Auble était venu à l’Université de Corté pour l’opération « Remember Paoli ! »: « la mémoire de Pasquale Paoli, qui a donné son nom à la ville, irrigue l’engagement de ses 80 membres et fonde leur responsabilité collective. ».

Yolaine Lacolonge dirigea le service de l'Audiovisuel, du Cinéma et de l'Image Animée de la Collectivité de Corse crée par Jean-François Vincenti. Elle a accompagné toute l’histoire des documentaires corses :
.Y.Lacolonge : « la région soutient 40 documentaires par an et depuis 1986 on arrive à un total de 800 documentaires corses c’est colossal. C’est passionnant et il y a eu une il a eu une structuration au fils des ans. Très jolie, l’histoire part du Riaquistu et des cinéastes réunis dans un mouvement associatif. A l’époque c’était compliqué, il faut s’en souvenir le cinéma était sur de la pellicule! Ensuite ,date importante pour tous ces cinéastes qui veulent rester en Corse, 1993 inaugure la création de l’unité de programme à France 3 Corse, beaucoup de réalisateurs se sont orientés vers le documentaire pour la télévision et les courts métrages. Avec une liberté éditoriale extraordinaire,  formatée sur la durée mais pas sur le fond, et qui perdure avec des documentaires de création de télévision conçus écrits avec un point de vue d’auteur. Au début des années 2000, la fiction corse a démarré avec une multiplication des tournages de fiction dans l’île. De nouveaux réalisateurs se sont formés, en phase avec la mise en place des dispositifs de soutien à la création, à la production, à la diffusion et à la création et aussi avec des cursus cinéma à la faculté de Corte et de jeunes réalisateurs orientés vers la fiction.

Il y a un avant et après le premier court métrage de Thierry de Peretti, en 2005 , « Le Jour de ma mort » suivi de « Les Apaches » qui est sélectionnés dans les festivals internationaux dont Cannes c’est l’envolée forte de tout un groupe d’artistes qui ont des vrais désirs de cinéma, ça explose, ça ça bouge, mais ce n’est pas de la génération spontanée c’est un investissement sur l’avenir, tout un long travail long sur le temps long. »

Yolaine Lacolonge est aussi conseillère artistique sur le film « Sale tête ce gamin » présente à Arte Mare. Serge Bonavita : « le 24 mai 1990, Erick Bonavita, 33 ans, meurt d’une overdose d’héroïne à Paris. Vivant à 2000 à l’heure, ce musicien punk-rock a bousculé la Corse des années 80, normal que ses amis le surnomment alors « Speedo ». Agitateur inspiré, Erick/Speedo était aussi mon grand frère. Ensemble, à Ajaccio, ville de naissance de Napoléon et de Tino Rossi, avec toute une génération, nous nous sommes pris la vague punk en pleine gueule et cela a déterminé le cours de nos vies. Ayant retrouvé il y a quelques années, sa vieille valise en fer rouillée contenant photos, affiches, bandes démos, carnets intimes et textes de chansons, l’idée de ce film documentaire est née. Témoignage d’une époque fragile et désordonnée où tout semblait possible ; les notions d’autonomie, d’indépendance et de liberté sonnant comme audacieuses, périlleuses et magnifiques. »

Liliane Vittori

PALMARES

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HAUT ET FORT de Nabil Ayouch

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HAUT ET FORT de Nabil Ayouch

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Prix du film des écoles de cinéma méditerranéennes et des jeunes réalisateurs 

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Liliane Vittori 

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