CORTE 15 avril. Quantifier le bien-être, le vivre-ensemble? Philippe Fremeaux et la Chaire Solidarités et Innovations...

Philippe Fremaux, créateur du mensuel Alternatives Economiques est invité par la Chaire Solidarités et Innovations de l’Université Pasquale Paoli de Corté (15 et 17/04). Peut-on évaluer, chiffrer et donc financer « le bien-être individuel et collectif » ? Ces questions majeures hautement politiques de l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) sont dans le Rapport Fremeaux remis au gouvernement (déc. 13).
Peut-on bâtir l’équivalent d’une  « start up territoriale » ? Sortir les zones rurales de la souffrance sociale ? La puissance publique va-t-elle enfin reconnaître les « expériences naturelles des territoires », ses « coûts-avantages monétarisés » et leurs impacts sur l’emploi, le paysage, la culture, le bien- vivre ensemble ? 
Réunir en réseau, faire dialoguer les énergies, les forces économiques sur un canton, une micro région. 
Et au-delà, revitaliser le rural pour les générations futures ? Voici le parcours de la Fresc, association fondée en 2008 par Paul-Joseph Caïtucoli à Petreto-Bicchisano dans le Haut-Taravo (Corse-du-Sud). Mais comment visualiser, évaluer,  coordonner et… quantifier ces processus ?  C’est le propos de Philippe Fremeaux, journaliste engagé et humaniste. 
Son engagement citoyen , se situe très loin des discours macroéconomiques de connivence, comme hors sol, manipulés par la finance internationale et les oligarchies. Des discours pré formatés, multi diffusés, comme la Bible, sous forme de sketchs (baptisés chroniques avec courbes et graphiques incompréhensibles !) sur BFMTV et I Télé. La majorité de ces experts (exceptés l'excellent N.Doze ) devraient , à l'exemple de Philippe Fremeaux, oser changer de paradigme !

Et quitter  l'ingénierie financière et les déjeuners de presse soi-disants séminaires bancaires, pour se recycler dans le reportage in situ en Régions et montrer les réalités (chiffrables bientôt on l’espère…) de l’Economie Sociale et Solidaire en France. Philippe Frémeaux : " les organisation de l'ESS doivent se saisir de l’évaluation de leurs pratiques, en associant citoyens et salariés, sinon les méthodes d’évaluation leur seront imposés par la technocratie, sous forme de batteries d’indicateurs réducteurs dont on connait les effets pervers. L’ évaluation de ces finalités et de leurs utilités sociales ne peut être l’apanage des seuls pouvoirs publics. » Les solutions ? « Des indicateurs raisonnés, débattus par les citoyens et salariés, assurant l’exécution des missions, qui sont légitimes pour co-construire le bien commun ». Un débat économique un peu technique ? Il s’agit avant tout d’un enjeu politique, d’une volonté de la gouvernance à reconnaître, ou pas ? , le lien entre maintien de l’emploi, cohésion sociale, développement durable. Ce que les habitants de Petreto-Bicchisano vivent depuis la création de la Fresc. 
« La Corse n’est pas seulement « cette terre de violence à difficultés, mais aussi une terre où 25 000 bénévoles et salariés militent au quotidien, dans le monde associatif et coopératif » assure Dominique Giovannangeli Président de la Chambre Rég. Economie Sociale et Solidaire (CRESS Corsica). La Fresc a déjà un parcours  étonnant quant à ses résultats ! Ayant démarré modestement avec un point P@m Taravu ( accès public multimédia internet en milieu rural)… car il fallait bien commencer par mettre les acteurs potentiels de l’économie locale en réseau ! Elle a continué avec l’animation pédagogique, la promotion des atouts locaux, les ateliers informatiques tous publics et aujourd’hui « la médiation numérique pour le lien vital entre le singulier et le collectif ». Parce que révèle P-J Caïtucoli : « ce qui fait lien et sens... c’est l’activité du sujet dans et sur le monde, un monde qu’il partage avec d’autres sujets. À l’écoute du territoire, pour ses habitants, pour un regard positif sur les générations ». 
Et, cercle vertueux, la structure a progressé dans ses objectifs, ses réalisations.
Avec le « coworking sur les outils financiers ethiques, la co-décision, l’échange de compétences, la couveuse d’entreprises rurales ». Mode opératoire et accompagnement à l’installation dans l’agro-pastoral ? « De jeunes agriculteurs débutants souhaitent se lancer dans l’élevage de caprins et ovins, recherchent des terres agricoles pour s’installer, une formation d’entrepreneur, un appui financier  etc…Ils doivent aussi tester leur activité, les potentiels de commercialisation en direct etc… ». Le dispositif regroupe le Lycée Agricole de Sartène, le Civam Bio Corse, la FRESC, un exploitant agricole bénévole etc… 
Start up d'un territoire
Sur le site de la Fresc  les réalisations et projets menant au concept de « start up du  territoire ». Paul-Joseph Caïtucoli  précise : « La Fresc n’a pas vocation à être  hégémonique du Tàravu, ni à porter tous les projets. Au contraire, plus il y aura dans la vallée d’initiatives associatives, plus son tissu entrepreneurial se renforcera et plus nous serons riches. »
Les enjeux de l’ESS en Corse ? Les associations, coopératives, mutuelles, représentent 1000 établissements employeurs, près de 8400 salariés (11,2% de l’emploi privé) salariés privés) et 160 millions d’€ de salaires distribués (ACOSS- URSSAF et MSA 2008) Avec +4,3% d’évolution du nombre de salariés entre 2007 et 2008 alors que l’évolution de l’emploi privé régional est de +3%.  D’où le rôle stratégique d’un rapport comme celui de Philippe Fremeaux pour les territoires souffrant « de déprise économique, de délitement progressif du lien social et la désertification démographique ». Des handicaps se conjuguant entre eux et que , seuls les acteurs locaux avec les pouvoirs publics peuvent ensemble solutionner…   
Sont concernés les crédits spécifiques à l’ESS de la Banque publique d’investissement (500 millions d’euros sont dédiés au sein de la BPI à l’ESS) à condition que les évaluations soient crédibles et adaptées explique Ph Fremeaux : «  dans le contexte budgétaire tendu, les collectivités locales et Etat vont chercher des marges de manœuvres budgétaires, au risque d’effectuer des coupes dans des secteurs qui remplissent aujourd’hui une forte utilité sociale. ».
Les méthodes d’évaluation « qui se veulent scientifiques réduisent l’autonomie créative des organisations, à une norme réductrice imposée de l’extérieur, au détriment de la qualité réelle de leur action ». Le projet de loi sur l’économie sociale et solidaire intègre « dans l’article 2 une définition de l’utilité sociale ». L’Economie Sociale et Solidaire ( le sait-on à Paris?) est stratégique pour le développement durable et le vivre-ensemble des territoires. La Corse, et ses handicaps structurels ( insularité et montagne) est un exemple phare de ce qui peut être réalisé « tutti inseme. » En finir avec les inégalités extrèmes ? Parce que si 85 familles possèdent autant que 3,5 milliards d’humains sur  la terre (Oxfam Int.) …cela signifie que cette hyper-classe, ces ultra minoritaire seront demain les seuls décideurs, les seuls aménageurs des continents, le seul pouvoir au détriment des Etats démocratiques et souverains.  

Liliane Vittori

PROGRAMME CORTE ET HAUT TARAVO . 

Les journées du 15 et 17 avril à Corte sont organisées par Vannina Bernard-Leoni Direttrice Fundazione di l’Università di Corsica Università di Corsica Pasquale Paoli  Palazzu Naziunale - BP 52 - 20250. Corte. En Corse : à noter aussi un extraordinaire processus similaire de croissance locale  dans le Giussani , impulsé par le réalisateur Robin Renucci  (actuel dir des Treteaux de France) avec un Festival de Théâtre qui en est à sa 18 e édition. 
A Corté, Yves Fremeaux s’exprime sur «La Contribution de l'Economie Sociale et Solidaire, au bien-être individuel et collectif ". Et  sont prévus : l'expo étudiante « Réflexions solidaires », l’inauguration du fonds documentaire ESS, dans le Taravu  ( jeudi 17) : la visite de terrain avec la FRESC, rencontre avec les  acteurs locaux (Zeybu Solidaire)  et les chercheurs de l’Université de Corse. 

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