Ponte Novu Il y a 250 ans le 8 mai 1769: pour la Corse un jour sombre.

A Ponte Novu (Haute-Corse) site de la défaite des Paolistes en 1769 : une journée mémorielle de réappropriation dédiée à la vérité historique.

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« Il y a 250 ans, le 8 mai 1769 fût pour la Corse un jour sombre. Si les faits historiques qui s’y rattachent sont aujourd’hui connus, c’est grâce au remarquable travail de générations d’historiens et de militants de la cause nationale ». A Ponte Novu (Haute-Corse) ce 8 mai 2019, s’est déroulé une journée populaire de commémoration et de réappropriation historique, organisée par la coalition gouvernementale Pe a Corsica (et ses trois députés), et ponctuée par une conférence de l’historien chercheur Antoine-Marie Graziani. Que s’est-il passé à Ponte Novu? Comment Pascal Paoli, auréolé d’une immense notoriété en Europe, a-t-il conquis puis gouverné la Corse de  1754 à 1769 ? Quels ont été les échos des « Révolutions de Corse » (1729-1755)  en Europe et aux Etats-Unis ?
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A.-M. Graziani travaille et publie, depuis des décennies, notamment sur la correspondance de Pasquale Paoli, contribuant ainsi à la réhabilitation de faits historiques relatifs à la Corse. Des faits, que l’histoire de France, triomphante et dominante, a occulté. Mais l’Histoire est une science inexacte, toujours à la recherche d’une inaccessible vérité historique, mouvante et manipulée, selon l’avancée des recherches en histoire et les régimes politiques eux-aussi souvent balayés par le vent de l’Histoire. 
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Le récit historique reste une science en perpétuelle évolution, régulièrement réécrite, rectifiée, critiquée, augmentée par la mémoire des peuples. L’Histoire est comme une ville en état de fouille archéologiques permanente, à  laquelle s’ajouteraient sans cesse de nouvelles strates, de nouvelles approches, de nouvelles fresques et certitudes, à intégrer aux polémiques et ensuite aux programmes scolaires officiels.  
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Bataille à Ponte Novu en 1769: les troupes de Paoli sont vaincues par l’armée de Louis XV. Pe a Corsica souligne : «en cette seconde moitié du XVIIIe siècle, un peuple, précurseur en matière de démocratie, tenait tête, courageusement, jusqu’au bout de ses ultimes forces, à l’armée d’un Roi qui se prétendait toujours de droit divin. Une partie des espoirs de l’humanité se trouvaient là, concentrés à un endroit, à un moment précis, au sein de « ce brave peuple » dont « la valeur et la constance » à « recouvrer et défendre sa liberté » furent saluées par Jean-Jacque Rousseau. Ils furent balayés par la mitraille et noyés dans le sang par la force illégitime de la plus puissante armée du monde. La Corse connut une répression féroce, et les exactions des troupes françaises font l’objet de recherches mettant en lumière, cette époque, et des épisodes équivalents. »  Lors de sa conférence A.-M. Graziani est revenu sur la gouvernance de Paoli, sa Constitution de 1755, sa marine de course, son armée, son université, sa monnaie.   Il faut savoir que cette fameuse Constitution bénéficie elle-aussi d’une remarquable réhabilitation…alors qu’elle déclenchait , ailleurs et en Corse, un ironique mépris, il y a encore une quarantaine d’années. L’Histoire officielle de chaque Etat, qui se régénère constamment, offre ainsi des re interprétations successives aux média et aux opinions publiques.  Autre moment remarquable documenté par A.-M. Graziani. Les idées politiques traversent les époques et toutes les tempêtes de l’Histoire puisque déjà en 1789 certains notables de Balagne dotés d’une réelle maturité politique, envoyaient cette adresse à Paris l’Assemblée Nationale Constituante  : « Arrachés à la liberté dont on commençait à goûter les douceurs, nous sommes depuis 20 ans incorporés à la monarchie… Comment le Corse qui fit quarante ans ans la guerre pour la défense de sa patrie,  qui versa son sang pour sa liberté, pourrait-il refuser de marcher quand elle sera en danger , ou quand elle aira besoin de son assistance ? » Pe à Corsica conclut : « La commémoration de Ponte Novu prend donc, aujourd’hui, tout sons sens: il ne s’agit ni de raviver de vieilles douleurs, ni de s’apitoyer en adoptant une attitude de renoncement indigne que nous n’accepterons jamais. Il s’agit, tout au contraire, de signifier que, malgré toutes les épreuves, aussi cruelles soient-elles, 250 ans après la nation corse est toujours là, car elle demeure à jamais une réalité humaine qu’aucun appareil d’Etat ne pourra détruire ou faire oublier. Ces 250 ans doivent nous permettre même de réaffirmer dans cette période les grands principes de l'héritage paolien auxquels nous sommes fondamentalement attachés et qui restent d'actualité: l'exigence de liberté pour un peuple Corse maître de sa destinée, mais aussi de Démocratie, d'équité et de justice pour construire une société insulaire qui s'engage vers l'émancipation, le respect et le progrès. »

 

LV

 

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