SNCF : le jacobinisme "m’a tuer".

Le 14 décembre au matin Le Parisien titre  « 2000 emplois supprimés à la SNCF ». Le soir à Millas (Pyrénées Orientales) : on dénombre 5 enfants tués et 19 blessés graves dans une horrible catastrophe ferroviaire, liée à la vétusté d'un passage à niveau automatique non surveillé. Les barrières d'accès étaient-elles levées ou baissées ?

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Le 14 décembre au matin Le Parisien titre  « 2000 emplois supprimés à la SNCF ». Le soir à Millas (Pyrénées Orientales) : on dénombre 6 enfants tués et 18 blessés dans une horrible catastrophe ferroviaire, une collision entre un car scolaire et un Ter sur un passage à niveau qui, avant les conclusions des enquêtes et les décisions de justice présentait « des barrières levées et des feux clignotants éteints ?  » ou des « barrières baissées ?» .

Quelque soit le résultat des investigations, il est inadmissible qu’un tel accident puisse se produire dans un pays (5ème puissance mondiale dit-on ) qui prétend donner des leçons au reste du monde en matière de haute technologie, d'informatique embarquée et autres applications mobiles et communicantes. Le jacobinisme,  et la financiarisation du monde qui l'accompagne, pourraient-ils supprimer des vies humaines autant que le capitalisme et le néo-capitalisme ? Le traumatisme va s’installer pour longtemps, et à Millas, dans les établissements scolaires, dans les villages alentours ou résidaient les victimes : 4 cellules médico-psychologiques sont à pied d’oeuvre.

Ceux et celles qui prennent encore le train partout en France constatent que la SNCF ne fait plus aucun investissement ( ou si peu) en faveur des trains et liaisons régionales et locales. Ou va l'argent ? Ils sert  à surpayer de hauts dirigeants, qui circulent entre l'Etat, l'Ena, le service public et le secteur privé....mais toujours au profit d'un carriérisme parisien et omnipotent. Résultat ? Le sous-équipement de tout ce qui concerne la "province", le rural, le local. 
Qui n’a jamais pensé ( la peur au ventre en plus) à un tiers monde dévasté et glauque, en traversant dans la campagne (et loin de l’Ile de France), ces improbables et vieux passages à niveau français, mal équipés, mal sécurisés, mal synchronisés, non surveillés par des caméras, et qui laissent passer des trains d’un autre âge sans confort et surtout sans système de sonar pour l'arrêt d’urgence en cas d’obstacle.

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De plus, synchronicité parfaite, Edouard Philippe premier ministre se trouvait à Cahors, pour relancer la Conférence Nationale des Territoires. Des Territoires abandonnés et sinistrés par les fortes baisses en dotations publiques de ces dernières années, et qui justement ont un besoin vital d’un réseau ferré efficace et performant ! En particulier pour l'emploi. Mais non. V. Pecresse elle-même présidente de la Région Ile de France, annonçait dans L'Express en novembre « 100 000 à 200 000 voyageurs de plus potentiels » sur de nouvelles lignes de Nanterre et Saclay à l’ouest de Paris ! De nouvelles infrastructures en PPP à financer et construire sur de la dépense publique pas forcement adaptée à l'équité entre les Territoires garantie par la Constitution.

Quel est le diagnostic des maires ruraux de France  et quel est le diagnostic des syndicats SNCF ? Ou est l'équité entre les territoires ? Nulle part. Finalement, loi mathématique du jacobinisme : c'est toujours plus pour le Grand Paris et Paris … et toujours moins pour les campagnes, le rural, les régions périphériques ! Alors ces emplois supprimés à la SNCF et ces casses successives des services publics ou des entreprises semi-privées dont l’Etat est actionnaire ? « Encore une fois, on a des plans de performance qui fonctionnent avec des économies passant par des suppressions d’emplois » a dénoncé l’UNSA-SNCF (cf La Parisien ).

A propos de l'accident de Millas, le Président Emmanuel Macron qui parlait « d’émotion et de solidarité » devrait re-orienter totalement sa politique globale, en protégeant et sauvant ce qui peut l’être encore, à savoir les capacités de production ( y compris à l’export à l'international ) et les dynamiques et enjeux économiques locaux.

Dans une motion les maires ruraux (AMRF)  demandent un retour de l’Etat dans les territoires ruraux." (AG 19 mars 2017 à Lyon). Ils dénoncent " le retrait et l'absence progressive de l'Etat dans ses missions d'accompagnement et de conseil aux communes. Ils regrettent que celui-ci ait d’abord l’objectif de contrôler les communes, ce qu’elle fait par ailleurs de manière aléatoire donc non sécurisante pour les communes, plutôt que les accompagner juridiquement et techniquement (urbanisme, normes, sécurité...)." Ils ajoutent : " la décision de l’Etat de supprimer des postes de fonctionnaires dans les préfectures et de ses services déconcentrés a des conséquences fortes sur le fonctionnement des territoires ruraux et la sécurisation de l’action des maires. Son choix de s’effacer se poursuit : réforme des implantations territoriales de l'État, appauvrissement qualitatif des fonctions d’aide et de conseil des services déconcentrés aux communes. Les retraits significatifs dans les territoires ruraux alimentent le sentiment d’abandon perçu par les habitants de ces territoires. 

Pour mémoire rappelons que le jacobinisme, doctrine politique qui défend "la souveraineté populaire et l'indivisibilité de la République française" , tient son nom du Club des Jacobins de la Révolution française. Toujours selon les dictionnaires, le mot " jacobinisme"  désigne une doctrine qui  "tend à organiser le pouvoir de façon administrative (bureaucratie) et centralisée (centralisation) et à le faire exercer par une petite élite de techniciens (technocratie) qui étendent leur compétence à tous les échelons géographiques et à tous les domaines de la vie sociale afin de les rendre uniformes, ce qui en fait l'adversaire du régionalisme."

Sachant que ces paroles ne pourront en rien atténuer la douleur des familles des victimes de Millas, pourquoi ne pas appeler les choses par leurs noms ? Lors de la guerre de 14-18 des millions de soldats mobilisés (en Corse certains étaient pères de famille de plus de 6 enfants) sont morts pour les intérêts de la haute finance européenne et suite aux manoeuvres de profiteurs de guerre soit bien installés soit opportunistes. Des gens sans foi ni loi vivant de la corruption. Peut-on tenter un parallèle avec la situation lamentable de la SNCF, société dont l’Etat est actionnaire ? La SNCF est une entreprise semi-publique comme Air France, dont la prospérité a été assurées après-guerre 39-45 par une éthique publique et par le travail et l’abnégation de ses salarié.es. Ces entreprises constituent aussi un trésor de guerre qui est dépecé peu à peu. Qui se nourrit sur la bête ? Ce sont précisément ces hauts dirigeants diplômés de l’Ena (les noms sont dans la presse…) qui font un va-et-vient fructueux entre d’une part l’Etat et le secteur public et d’autre part le privé. Ils sont considérablement surpayés en regard de leurs compétences réelles et de l’absence de risque qui est la règle de la haute fonction publique. In fine, leurs fortunes et leurs enrichissements personnels ne reposent-elles pas, comme celles des profiteurs de guerre, sur la vie et la sécurité des voyageurs et des salariés de la SNCF ?
LV
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