‏"Petit pays", un premier roman de Gaël Faye sur l'exil de son enfance au Burundi

Loin d'être un roman de terreur, ce premier livre de Gael Faye, connu jusque là comme auteur-compositeur-interprète musical, est plein de poésie et porte sur l'exil de l'enfance. Ce Petit pays, c'est le nôtre ! Certainement une des belles et grandes surprises de la rentrée littéraire. Sortie le 24 août, aux Editions Grasset!

L'histoire, celle de Gaby, jeune Franco-Burundais qui passe son enfance au Burundi, à la frontière rwandaise, et qui voit ces deux pays basculer dans la terreur, tout ceci sous les yeux d'une communauté internationale, nous rappelle que si chacun y met du sien, l'écriture des pages les plus sombres de l'Histoire peut être évitée et que celle-ci peut rester enjouée. 

 

 

" Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre" K.M.



Qui n'a pas entendu parler d'un des plus grands génocides du siècle dernier? Celui des tutsis par les utus, sous fond d'inaction de la part de la communauté internationale. Qui n'a pas en tête ces images du film "shooting dogs" ou encore d'"Hôtel Rwanda" qui ramènent aux pages les plus sombres de l'Histoire d'Afrique, du monde? 


Nous connaissons moins les interactions avec les pays voisins de l'Afrique des Grands Lacs, notamment le Burundi ou l'ancien Zaïre, aujourd'hui de nouveau au cœur de l'actualité africaine et internationale. 
Ce premier livre de Gaël Faye, Franco-Rwandais qui a passé son enfance au Burundi est un rappel, un appel à rester vigilant et à lutter contre les mauvais gimmicks de l'Histoire.

"Un autre jour, j'étais dans une pièce exiguë, caché avec une adolescente et sa famille, dans une ville en guerre et en ruines."

 



Un auteur complet



Ce roman qui sort le 24 août, à la rentrée littéraire 2016, est le premier de l'auteur jusque là connu pour être l'auteur-compositeur-interprète de l'album "Pili pili  sur un croissant au beurre". Sa musique est teintée de soul, de hip hop, de rumba, de jazz et tout simplement de musique du monde.

 Ce livre est aussi un trait d'union avec l'album qui comporte un son intitulé "Petit pays".

Dès les premières pages, Gael Faye donne le ton, celui de la nostalgie, celui d'une enfance, celui des petits instants vécus et qui malgré l'époque, le contexte, resteront pour la plupart de bons moments. 
Il nous fait revivre son histoire à travers les yeux, la voix et la sensibilité de Gabriel dit Gaby pour les intimes. Une histoire qui prendra malgré lui une majuscule et qui l'obligera à fuir son petit pays pour rejoindre la France, patrie de son père.

" Mais au temps d'avant, avant tout ça, avant ce que je vais vous raconter et tout le reste, c'était le bonheur. La vie sans se l'expliquer....Au temps du bonheur lorsqu'on me demandait comment ça va, je répondais "ça va"…. C'est par la suite que je me suis mis à considérer la question...Les gens ne répondaient plus que par "ça va un peu.".." 




 

Du soleil des indépendances à la mort de l'espoir



L'Afrique de l'ouest et centrale ont, suite aux indépendances, opté pour la démocratie dite à l'occidentale. Le protagoniste de ce roman nous fait vivre cette époque, celle des transitions politiques démocratiques et des résultats présidentiels interrogeant l'électeur sur la probité et le sérieux de ces nouveaux professionnels de la politique. Mais cette démocratie de façade ne durera pas, l'alternance sera remplacée par celle des coups d'Etat. C'est ainsi que nous vivons une scène de l'annonce du coup d'Etat à la radio par la programmation d'une musique classique.

"Ce jour là, le 21 octobre 1993, nous avons eu droit au Crépuscule des dieux de Wagner ..."

 



Un roman politique et social 



C'est un roman éminemment d'actualité. Dans ce premier livre, Gaël Faye traite la question des rapports humains : le rapport blanc/noir en Afrique, le rapport expatrié/local, le rapport riche/pauvre, riche/riche et pauvre/pauvre, ou encore le rapport réfugié/local.
 Il est également d'actualité dès lorsque l'on peut y lire en filigrane les causes du début de la guerre civile au Burundi et au Rwanda : l'assassinat des présidents Burundais et Rwandais, l'aggravation de la distinction entre les utus et les tutsis, mais aussi l'inaction totale de la communauté internationale face à certains drames.

"J'ai erré dans les camps de réfugiés, j'ai failli me faire tuer des dizaines de fois quand on devinait que j'étais tutsie..."



 

Une plume 



L'écriture de Gael Faye est douce et pleine de malice, c'est celle de l'enfant, qui permet de ne pas céder à la colère à chaque ligne décrivant des scènes d'horreur, de violences, de discrimination. Il arrive à nous faire sourire malgré le sérieux de certains de ses propos.

Il nous renvoie avec subtilité, ceci à plusieurs reprises, aux limites de l'action internationale dans certains pays. A la question de Laure, correspondante scolaire dont il tombera amoureux, lui demandant s'il avait bien reçu le riz envoyé, il lui répond qu'il ne sait pas, mais qu'il va se renseigner.

Il nous invite en définitive à nous intéresser à l'Afrique des Grands Lacs dans son ensemble, à nous intéresser à son Petit pays, à nous intéresser au Burundi, à ses paysages, à sa population, à sa culture, à ses langues, à sa complexité, à ses morts, et surtout à ses vivants.

Tout comme certains grands films, ce roman marquera par sa poésie et par son message. Dans le monde actuel, il est devenu nécessaire de faire preuve de résilience.

La lecture a certainement sauvé le protagoniste de ce roman, et l'écriture, l'auteur.

"Si l'on est d'un pays, si l'on y est né, comme qui dirait : natif natal, eh bien, on l'a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes..."

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