Droit au secret et théories diaboliques

Le droit au secret, partie de soi qu'on tient cachée, est un élément fondamental des sociétés démocratiques qui n'est pas suffisamment mis en avant en raison de la publicité des échanges et des révélations à scandales de paparazzis. Il concerne le droit à l'intimité de la personne et couvre aussi bien son identité propre (possibilité d'inscription sur liste rouge dans les annuaires téléphoniques et de retrait de mailing lists, utilisation de pseudos dans les clubs de discussion) que son contexte familial ou ses moeurs (pas de coming out forcé, pas de religion ni d'appartenance politique mentionnées sur les cartes d'identité), d'où la notion de secret professionnel comme le secret médical ou le secret du confessionnal qui ne peut être levé qu'en cas de risque grave pour l'intéressé lui-même ou pour empêcher un crime ou faire la preuve d'une innocence (1).

 

Dans les sociétés totalitaires, la chasse au secret est une priorité absolue : Big Brother est partout, il sait tout sur vous, il vous suit à la trace, vous épie, contrôle vos moindres faits et gestes.

 

Ceci justifie la dénonciation parfaitement légitime d'Edwy Plenel de « l'espionnage d'Etat des journalistes » (2) qui révèle non pas la recherche de crimes ou délits mais la volonté de contrôler l'information, les informateurs, les informés en s'asseyant sur le droit au secret (cf. effraction des locaux de Médiapart, infraction au secret des sources, constitution de fichiers illégaux).

 

Cette obsession d'une transparence parfaite exigée des citoyens par le pouvoir (si vous ne voulez pas vous montrer c'est que vous avez quelque chose à cacher) va de paire avec les théories diaboliques (si vous pratiquez des messes basses, c'est que vous complotez contre le monde pour vous en emparer) En ce sens, le secret, pratiqué comme règle de vie de certaines sociétés initiatiques (cf. la franc-maçonnerie) ne doit pas être confondu avec la dérive sectaire, brimant les libertés individuelles, exerçant des pressions morales ou physiques sur ses membres afin de s'approprier leurs biens ou de les inciter aux crimes et délits.

 

Le but et l'organisation de la Franc-Maçonnerie sont connus (3). Il s'agit d'une société d'entr'aide à vocation humaniste prônantla progressivité et la perfectibilité de l'homme, ce qui est en soi tout à fait louable, même si l'on n'est pas obligé d'y adhérer pour autant, compte tenu notamment de l'aspect un peu vieillot de son decorum. C'est une des raisons sans doute pour laquelle elle a toujours été la cible privilégiée des régimes dictatoriaux, comme le régime de Vichy qui, non content de ses statuts des juifs, pourchassa aussi ces suppôts de la République en s'emparant de leurs fichiers nominatifs et en publiant leur liste au journal officiel (4), servant aussi bien malgré elle de modèle à des groupes peu recommandables à la recherche de couvertures irréprochables, comme la Loge P2 en Italie (5).

Lincunable, 4.11.2010

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  1. http://www.ordre.pharmacien.fr/upload/Syntheses/27.pdf

  2. http://www.mediapart.fr/journal/france/031110/espionnage-detat-des-journalistes-monsieur-le-president-cela-vous-concerne

  3. http://www.toupie.org/Dictionnaire/Franc-maconnerie.htm

  4. http://www.fm-fr.org/Anti-Ma%C3%A7onnerie/

  5. http://fr.wikipedia.org/wiki/Propaganda_Due

 

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(rituel maçonnique selon Léo Taxil)

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