Métro de Marseille : de sombres manœuvres politiques en faveur d’Alstom

L’entreprise Alstom pourrait remporter l’appel d’offres en vue de la rénovation du métro marseillais, malgré une proposition objectivement moins bonne que celle de son concurrent, le consortium européen Thales — Caf.

Car à Marseille, les alliances politiques et les renvois d'ascenseurs prévalent sur l'intérêt général. Le grand perdant dans cette affaire: la sécurité et la mobilité des Marseillais.

L'Etat de droit ne régit pas la vie de la cité à Marseille. Tous les jours, la presse et les réseaux sociaux révèlent des soupçons de pots de vin, de délits d'initié, ou de corruption. Pourtant, notre ville mérite mieux, et surtout ses habitants.

Aujourd'hui, il s'agit de transports. La bonne nouvelle, c'est que nos deux lignes de métro vont enfin être rénovées, elles qui ont vu le jour en 1977 pour la première et 1984 pour la seconde. Il était temps, et il faut s'en réjouir. La mauvaise nouvelle, c'est que la rénovation sera probablement bâclée. Alors que tout un chacun, avec l’annonce de la mise en place de rames automatiques ultra-modernes, est en droit d’espérer un futur métro design des plus fonctionnels livré dans le délai imparti, il pourrait en être tout autrement, car des manoeuvres politiques seraient au coeur de la bataille que se livrent deux grands du secteur : Alstom et Thalès.

En effet, l'annonce du vainqueur de l’appel d’offres lancé en 2018 devrait avoir lieu dans les prochains jours. En lice : le Français Alstom et le consortium franco-espagnol Thales — Caf. Hélas, les dés seraient pipés en faveur d’Alstom, et ce en dépit d’une offre — et d’une expertise — moins bonne que son concurrent. D'ailleurs, tout le monde le sait, sans oser le dire ouvertement.

Car Alstom collectionne les échecs. En charge du projet de doublement de la ligne 1 du métro lillois comprenant la mise en place d’un système de pilotage automatique, le Français a engrangé un retard de 3 ans, poussant la Métropole européenne de Lille (MEL) à faire appel à un médiateur pour débloquer le dossier. Alstom, qui va devoir s’acquitter d’une indemnité de plusieurs dizaines de millions d’euros, n’a pas été remplacé pour la seule et unique raison que « faire appel à un nouvel opérateur aurait provoqué un nouveau retard d’au moins sept années », a ainsi déclaré Alain Bernard, premier vice-président de la MEL, en juin dernier.

Alstom connaît également des déboires avec la modernisation du métro lyonnais ainsi qu’à Paris avec celle du RER B. Là encore, dans la capitale française, l’entreprise ne serait pas en mesure de tenir les délais annoncés et compte, pour l’heure, un an de retard sur la livraison du premier train modernisé. Un nouveau couac qui n’a pas manqué de susciter la colère de la maire de Paris, Anne Hidalgo : « pour la rénovation du RER B, Alstom met en avant le temps nécessaire pour le désamiantage de ces trains. Je dis à Alstom : c’est vous qui les avez fabriqués, vous devriez savoir qu’il y a de l’amiante dedans ! Nous ne sommes pas là pour donner une manne publique aux constructeurs, nous voulons être livrés en temps et en heure, comme n’importe quel client ».

Pourquoi alors choisir Alstom, d’autant que ce choix se ferait au détriment de Thales – Caf, qui a déjà fait ses preuves à Istanbul, Santiago du Chili et au Mexique, et dont l’une des spécialités est justement, contrairement à Alstom, la mise en place de lignes de métro automatiques ? J’en ai une petite idée.

Comme souvent dans ce genre de dossiers, il faut regarder du côté du politique. Et plus particulièrement de celui de la présidente LR de la Métropole d’Aix Marseille — et, même si elle ne l’a pas encore annoncé, future candidate à la Mairie de Marseille —, Martine Vassal. Celle-ci devrait en effet céder aux avances de Jean Paul Giraud, ancien directeur de cabinet de Eugène Caselli (ex-président PS de la métropole), désormais consultant pour Alstom au sein du cabinet de lobbying Lysios, qui lui a promis le ralliement des modérés, à quelques mois des municipales.

Officiellement, Martine Vassal devrait justifier le choix Alstom par sa volonté de produire français. Un argument plutôt bancal quand on sait que la majeure partie des produits de l’entreprise sont fabriqués en Pologne et en Espagne, et que l’offre du consortium Thales-Caf prévoit la création d’une centaine d’emplois dans notre ville, une production non loin de Lourdes, à Bagnères-de-Bigorre, et que Thales totalise à lui seul 2800 emplois sur la métropole.

Martine Vassal entend donc, avec cette décision, obtenir le soutien des socialistes modérés et ainsi prendre de l’avance sur ses futurs adversaires à la Mairie, qui ne devraient être autres que Stéphane Ravier (RN), Bruno Gilles (LR), Samia Ghali (PS) et Renaud Muselier (LR), tandis que Jean-Pierre Serrus (LREM) se présentera quant à lui à la présidence de la Métropole pour lui succéder.

Encore une fois, et c’est l’un des maux dont souffre trop souvent notre Cité, les tractations politiques prennent le pas sur l’intérêt des Marseillais !

Aujourd'hui, je me dois de révéler, à chaque fois que l'occasion se présente, les informations que j'ai en ma possession pour le bien commun.

Marseillais, si vous détenez vous aussi des informations concernant des conflits d’intérêts, des cooptations indues, des faits de corruption ou toute autre magouille impliquant nos chers élus et pénalisant le développement de notre ville, faites m’en part dans les commentaires ou en message privé. Ce n’est qu’en dénonçant ces pratiques qu’on les fera cesser 

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