Le double jeu de Guillaume Gibault, PDG du Slip Français

Affichant un côté « bien sous tout rapport », le PDG du Slip Français, Guillaume Gibault, multiplie les sorties médiatiques pour prôner le made in France, la préservation de l’environnement, etc. Problème, ce dernier n’a pas hésité à apporter son soutien au Crédit Mutuel Arkéa et à son sulfureux patron Jean-Pierre Denis.

Bon samaritain. « On a tous l’impression de faire une bonne affaire financière à court terme, avec des promos à tout va. Mais en fait, on fait tous globalement une très mauvaise affaire environnementale et sociétale », avait ainsi clamé le PDG du Slip Français, Guillaume Gibault, au micro de BFM Business le 30 novembre dernier, à propos du Black Friday.

Celui qui prône une « mode plus locale, plus durable » est donc un homme de principe. Son entreprise, Le Slip Français — qui fait donc partie de celles qui ont boycotté le Black Friday — revendique ainsi une production 100 % Made in France qui veut « défendre l’économie circulaire et locale ». Un objectif des plus louables, comme celui de la défense de l’environnement.

Nous pourrions donc classer Guillaume Gibault parmi les rares « hommes bien » de ce monde et son entreprise parmi celles « responsables ». Problème, notre PDG soutient ouvertement deux hommes dont les principes sont bien moins louables, j’ai nommé Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, respectivement président et directeur général du Crédit Mutuel Arkéa.

Ainsi, en février 2018, le PDG du Slip Français cosignait, sur Frenchweb, une tribune en faveur de la banque bretonne, en plein combat pour obtenir son indépendance du Crédit Mutuel. Dans ce papier, en bons petits soldats, les signataires allaient même jusqu’à interpeller les pouvoirs publics : « nous réclamons d’urgence de la Banque Centrale européenne qu’elle reconnaisse Arkéa en tant que banque coopérative et mutualiste indépendante et demandons à l’État français d’appuyer cette demande ».

Mais depuis cette prise de position, les masques des deux dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa sont tombés : (i) évasion fiscale, (ii) pressions sur les salariés, manipulations, (iii) gestion hasardeuse, méprise des sociétaires… les révélations peu reluisantes se sont succédé au cours des deux années passées.

À la tête du Crédit Mutuel Arkéa, les deux hommes n’ont ainsi pas hésité à exercer (ii) des pressions en tout genre sur leurs salariés, notamment en les obligeant incitant fortement à aller manifester à Paris en faveur de l’indépendance de la banque en mai 2018 : « rien n’est dit, rien n’est écrit, mais tout le monde l’a compris : si tu ne viens pas, tu es mal vu et tu n’as plus de carrière », déclarait alors un « manifestant ». « oui, oui, c’est ça, bien sûr, je suis volontaire, comme tout le monde », lâchait ironiquement un autre.

Plus récemment, en mars dernier, on apprenait dans Mediapart que Jean-Pierre Denis, en plus d’entretenir des liens avec François Fillon qu’il côtoie au fonds d’investissement Tikehau Capital, aurait pu jouer un rôle dans (i) la plus grande évasion fiscale jamais enregistrée par une entreprise française, Kering, en tant qu’administrateur du groupe.

Coté rémunération, Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal ont là aussi certains principes : « tout pour moi, rien pour les autres ». Les deux patrons touchent chacun plus d’un million et demi d’euros par an, soit plus que leurs homologues du Crédit Mutuel Alliance Fédérale dont la taille équivaut pourtant à 16 fois celle d’Arkéa. Les deux hommes n’ont d’ailleurs pas hésité à doubler leur rémunération depuis 2015.

À l’instar de M Gibault, nos deux compères sont soucieux du bien-être de leurs prochains… à leur manière. Ainsi, pendant que leurs rémunérations étaient multipliées par deux, le Crédit Mutuel Arkéa était contraint de recapitaliser en urgence sa filiale Suravenir qui gère l’épargne des sociétaires de la banque. L’explication de cet énorme couac ? Une gestion hasardeuse de la filiale consistant à (iii) accroître les risques pour gonfler le bilan financier du Crédit Mutuel Arkéa et ainsi prouver que celle-ci est capable de s’en sortir seule et donc d’être indépendante. Résultat : les épargnants ont vu le rendement de leurs placements s’effondrer.

Pas de doute, comme l’affirmait la tribune de soutien signée par Guillaume Gibault, les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa « sont des personnalités inspirantes » ! Reste à savoir jusqu’où le PDG du Slip Français s’inspirera d’elles…

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