A Marseille, l'hôpital Saint-Barnabé objet d'une résistance toute politique

Depuis plusieurs mois, le projet de construction de l'hôpital privé Saint-Barnabé, sur les ruines de l’ancien collège Darius Milhaud dans le 12ème arrondissement de Marseille, fait l'objet d'une vive opposition de la part des riverains. Un mouvement de protestation pour partie dirigée par une militante LREM. Pour des raisons bassement politiciennes ?

Le projet d’hôpital privé dans le quartier composite de Saint-Barnabé, à Marseille, divise. Des groupes de riverains se sont en effet mobilisés contre ce qui promettait pourtant d’être le plus grand hôpital privé de France (60.000 m² et sept étages pour une hauteur de 30 mètres, 700 places, un service d’urgence continu prévu pour traiter entre 35.000 et 40.000 urgences par an et un héliport). Pour eux, pas question d’accueillir l’« Hôpital Monstre » dans leur quartier.

Au cœur de cette mobilisation, on retrouve l’association Nos quartiers demain, fondée par des riverains inquiets de l'avenir de l'urbanisme local et soucieux d’un développement durable et respectueux. Seulement, à y regarder de plus près, les liens de Cécile Vignes-Mösch, porte-parole de l’association, avec le monde politique mettent à mal cette communication bien rôdée.

Une militante LREM aux manettes

Car en termes d’expérience politique, Cécile Vignes n’est pas un perdreau de l’année. Cette ex- conseillère régionale (2014-2015) du parti indépendant "Nouvelle Démocratie Locale" est depuis longtemps implantée dans le tissu politique local et milite pour La République En Marche (LREM) depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir.

 

Capture d'écran Annuairr Maire Capture d'écran Annuairr Maire

 

Organisée, Mme Vignes coordonne toutes les pages liées aux antis du projet d’hôpital, comme les pages « Non à l'hôpital privé » et « NON à Hôpital-Monstre à Saint-Barnabé - OUI pour un autre projet citoyen », dont l'objectif plus assumé est l'abandon pur et simple du projet Saint-Barnabé. Pour ce faire, l’association multiplie tracts, pétitions et sorties médiatiques amalgamant le projet et le pouvoir en place, représenté par un Jean-Claude Gaudin en perte de vitesse depuis le scandale de la rue Aubagne. L’autre cible politique désignée est Julien Ravier, un élu local appartenant comme M. Gaudin au parti Les Républicains. Ces actions au modus operandi très politique semble s’inscrire dans le cadre d’une lutte politique qui agite depuis longtemps le 12è arrondissement, entre LR et le Parti Socialiste d’abord, puis LREM ensuite.

Sur son compte Facebook, Cécile Vignes-Mösch décrit ses différents engagements citoyens. Sur son compte Facebook, Cécile Vignes-Mösch décrit ses différents engagements citoyens.

 

Une opposition relative 

Peut-on dès lors conclure à une instrumentalisation politique du dossier ? Ou s’agit-il d’un réel mouvement populaire ? Une attention plus détaillée à la mobilisation en elle-même semble plutôt diriger vers la première hypothèse. Sur le plan purement statistique, l’opposition est somme toute assez relative : environ 200 personnes ont manifesté et quelque 400 personnes supplémentaires se sont prononcées contre le projet. Une fronde marginale lorsqu’on considère les 60 000 habitants qui vivent dans le 12è arrondissement de Marseille – et qui seraient les premiers bénéficiaires de sa construction. Autre surprise, en se penchant de près sur la page d'un des premiers événements Facebook des opposants, un nom sort du lot. Celui de Jean-Marc Subra, poids lourds local de la comm’. Ce dernier est nul autre que le dirigeant de Publicis Marseille et fondateur de la start-up Okarito. Autant de détails troublants qui remettent en cause l’image d’Épinal d’une mobilisation locale et citoyenne, mais qui pourraient expliquer le fort relais dans les médias – malgré une mobilisation plutôt faible.

 

Ici, un événement organisé par les premiers opposants au projet de l'hôpital Saint-Barnabé... Ici, un événement organisé par les premiers opposants au projet de l'hôpital Saint-Barnabé...

Où on retrouve Jean-Marc Subra, un temps à la tête de Publicis Mareille Où on retrouve Jean-Marc Subra, un temps à la tête de Publicis Mareille

 

Un hôpital qui ne serait pourtant pas de refus

Mobilisés et écoutés, les militants de « Nos Quartiers Demain » pourraient toutefois réussir à bloquer le plus grand hôpital de France. En novembre dernier, le commissaire enquêteur chargé de statuer sur le projet a en effet émis un avis défavorable à celui-ci, citant entre autres le refus des associations locales de le voir mener à son terme. L’abandon pourrait pourtant priver la région de 700 lits, et ce alors même que la vétusté des hôpitaux et du parc immobilier font régulièrement les gros titres des journaux.

Rappelons ainsi qu’il y a un mois, l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) avait découvert qu’une bactérie dangereuse avait élu domicile à l’hôpital Nord de la cité phocéenne, entre la fin 2016 et le début de l’année. Plus d’une centaine de patients ont ainsi été priés de revenir, en toute discrétion, pour des examens complémentaires et ce afin d’éviter des risques d’infection nosocomiale. Dans ce contexte, l’opposition des militants de Nos Quartiers Demain au projet d’hôpital, situé à 15mn en voiture de l’Hôpital Nord, laisse songeur. Le silence d'Agnès Buzyn, Ministre de la santé LREM sur cette affaire étonne – et ce particulièrement au moment où elle dévoile la plan santé 2022 du gouvernement, censé réformer en profondeur le secteur hospitalier, miné par des sous-effectifs, le vieillissement immobilier, et la fatigue du personnel hospitalier. La Ministre sait-elle seulement que des militants de son propre camp travaillent à l'abandon d'un projet dont bénéficierait toute une ville ?

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