L'impossible.

Le miracle est une tricherie de la seule destinée. C’est ainsi qu’il lui plaît de chambouler nos habitudes mortelles, nos ambitions basses et tordues. C’est ainsi qu’il nous fait découvrir la rupture possible avec une vision linéaire du Temps, ou avec la logique, la folie, ou la souffrance intérieur dues aux remords. Et, pour tout cela, j’aime dire la douleur ou même l'orgueil qu'un trop faible amour de soi provoque, il faut le miracle de la douceur qui chaque jour nous est donnée. Il faut dire le pardon, comment il est rupture dans la haine, comment il est renaissance ou reconnaissance donnée à chacun, à tous. Il faut dire le miracle simple et proche de nous, toujours présent, maintenant. Car les Hommes s'aiment autant qu'ils se haïssent. Peut-être même plus encore qu'ils se haïssent. A défaut de miracle, n'y a-t-il pas là mystère ?

Nous avons le devoir de dire comment nous voulons croire en l'impossible. Et comment nous ne voulons croire qu'en l'impossible. Car c'est bien lui, cet impossible, qui est la seule alternative au violent pragmatisme des sages débiles qui pullulent. Mais les sages débiles, par leur méconnaissance ou l'arrogance qui les ronge, oublient que notre humanité est source inépuisable de rêves immodérés, démesurés. Il ne faut pas sous-estimer ou avoir peur de cela si l'on veut répondre efficacement au désarroi de nos contemporains. Si nous voulons ne pas esquiver nos responsabilités. Et pour cela il nous faut leur donner, leur offrir à en brûler soi-même, si nécessaire, la parole d’amour et de tendresse comme affirmant nos interrogations communes à tous. Ainsi nous leur donnons ce que nous possédons de plus beau : nous leur offrons le doute qui fait que nous croyons, nous mettons en commun nos désarrois et les leurs. C'est alors que l'ombre l’incompréhensible douceur et réconfort qu'apporte la prière silencieuse de l'attente. Et que l'on voit comment partant du nihilisme de la prière, apparaît soudain toute l'évidence de sa sagesse. Car si du désarroi commun peut naître cette prière, il peut émerger aussi des rêves d'impossible. La liberté nous est donnée, dés lors, d'imaginer, en plus d'une société sans école, une société sans prisons.

Oui, une société sans prisons est possible. Or, cela, qui de nos jours y pense ? On le voit, la foi que nous avons est incroyablement contemporaine par tout ce qu'elle porte en elle. Car ce qu’elle porte en elle c’est toute une vision de l'impossible. Vision de l’impossible à partir de laquelle nombre de nos libertés présentes se sont réalisées. Après avoir été rêvées, bien sûr. Simplement rêvées.

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