PROPOS MINERAL

A la suite d'un avis d'interdiction par l'Agence Régionale de Santé de consommer l'eau du réseau public du petit village de Lucy sur Yonne -89- (150 habitants) pour cause de dépassement du seuil de tolérance aux pesticides, voici un rapide propos au sujet d'un véritable scandale de santé publique largement négligé par les media.

Les points de captage de l’eau minérale sont plus contrôlés que nos centrales nucléaires. Littéralement confisqué par des groupes industriels quasi-monopolistiques, « l’or bleu » est une manne jalousement protégée par leurs opulents actionnaires.

Qu’est-ce que l’eau minérale ?

Peu ou prou, la même qui alimente les réseaux d’eau publics, à la différence que ceux-ci sont obligés de traiter cette eau pour pallier les diverses pollutions dues à l’urbanisme accéléré et à l’agriculture intensive.

La collusion entre les intérêts financiers colossaux des multinationales de l’eau en bouteille,  ceux des multinationales agro-alimentaires (quand elles ne sont pas les mêmes…) et ceux des multinationales du traitement de l’eau a été démontrée à de multiples reprises.

Parmi ces groupes tentaculaires, la France joue dans la cour des grands (Veolia, Compagnie Générale des eaux, groupe Neptune, Nestlé Waters, Danone et consorts).

Un humoriste américain s’est rendu célèbre en brocardant notre capacité d’acheter sans sourciller un produit qui devrait ne pas être à vendre. Sans doute, à nouveau, parce que l’offensive commerciale issue de nos entreprises a su capitaliser de longue date sur son aspect sanitaire associé une agressivité marketing particulièrement soutenue. (A noter que nous ne sommes que les 3èmes consommateurs mondiaux d’eau en bouteille derrière l’Italie et l’Espagne, eux-mêmes grands utilisateurs et bénéficiaires des progrès de l’industrie agro-alimentaire…). Sans parler du contenant plastique parfaitement néfaste.

(Cf Franck Lepage : https://youtu.be/XItd_13Y6Zg)

Si l’on ajoute l’usage démesuré des produits phytosanitaires depuis plus de 50 ans, appuyé par les gouvernements successifs et augmenté par la PAC (Politique Agricole commune) qui encourage la productivité au détriment de l’environnement, il est logique et implacable que notre pays soit touché par les prémices d’un scandale de santé publique d’ampleur historique auprès duquel le dossier de l’amiante ferait pâle figure.

Car nos ressources en eau souterraine n’ont pas la capacité d’absorber les milliers de tonnes de produits toxiques légalement ou illégalement déversés depuis tant d’années dont les nuisances perdurent longtemps après leur diffusion. Sans s’étendre sur les manques d’études -clairement reconnus par la communauté scientifique- concernant les effets de la dilution des milliers de molécules chimiques dans les nappes phréatiques.

Quand bien même les études menées sur les méfaits de ces produits auprès des professionnels par ingestion, inhalation ou contact direct sont correctement renseignées, les seuils de tolérance concernant les eaux « dites » potables sont déterminés par des données plus qu’approximatives sous le couvert de directives européennes largement complaisantes à l’égard des acteurs des secteurs précités.

Le retard de notre industrie du « bio » (en comparaison de l’Allemagne notamment) peut aisément être mis en cause pour expliquer cette situation critique, mais il ne faut pas exonérer l’inertie coupable des autorités de tutelle qui savent empiler lois, décrets, arrêtés, réglementations diverses sans jamais se donner les moyens de les faire appliquer strictement sur le terrain, voire en multipliant les mesures dérogatoires et dilatoires dans un souci d’intérêts économiques et politiques mal compris (ou bien compris aux yeux des lobbyistes qui hantent officiellement et officieusement les palais ministériels, les parlements nationaux et nos instances européennes.

Au prétexte de ne pas mordre la main qui nous nourrit, sommes-nous bien certains qu’elle soit bienveillante ? Sait-on assez la part de denrées impropres à la consommation humaine produite par nos exploitations agricoles ? A-t-on rationnellement quantifié le coût social et sanitaire de la malbouffe ? La rentabilité des investissements consentis pour la production agricole intensive est tout sauf prouvée et ses dégâts collatéraux incalculables…

Contrairement aux agglomérations importantes et bien entendu aux métropoles à peu près garanties par la taille de leur population d’avoir une eau buvable (mais à quel prix !), la situation actuelle de dizaines, de centaines de petites communes rurales est ingérable, sous le coup d’avis d’interdiction de consommer l’eau du réseau public émis en urgence par les différentes ARS (Agence Régionales de Santé), aux prises avec des analyses catastrophiques qui révèlent un dépassement chronique des seuils de tolérance aux pesticides, herbicides, fongicides, etc…

Pour pallier cette pollution ? La distribution (au frais des communes) d’eau minérale(…), le raccordement à des réseaux de proximité (encore) sains, ou le filtrage par charbon actif (très onéreux et nécessitant une importante maintenance).

Le principe de précaution élémentaire est battu en brèche lorsque les points de captages sont entourés par les terres de propriétaires-exploitants sûrs de leur bon droit qui s’arc-boutent sur leurs prérogatives de possédants du sol en oubliant qu’ils n’en détiennent pas le sous-sol.

Nous n’aborderons pas, ici, l’aspect aérien des épandages qui multiplie les facteurs de risque.

Tous les cultivateurs ne sont pas à mettre à la même enseigne, loin de là ! Mais pour l’exemplarité -digne d’éloges- de professionnels conscients de leurs responsabilités, soucieux de leur santé et de celle des autres, combien de gens peu scrupuleux prêts à tout au nom des subventions et du rendement ?

La balance est très inéquitable et c’est l’éternelle lutte du pot de terre contre le pot de terre, vouant les citoyens à se muer en enquêteurs, multipliant les doléances comme sous l’ancien régime, créant des associations, s’affrontant aux méandres du juridisme ambiant pour des luttes épuisantes, prédatrices d’énergie, de temps et d’argent.

Quand ils ne se heurtent pas à l’omerta des clans locaux, l’administration se charge de les dissuader par la profusion des interlocuteurs (ARS, Préfectures, Municipalités, Agences de bassin, Communautés de communes, Syndicats des eaux) souvent surchargés de dossiers -tous plus épineux les uns que les autres- et tenus par l’inertie d’un système semblable à un mille-feuilles géant parfaitement incomestible.

A quoi s’ajoute encore la propension effarante de la part des pouvoirs publics à ne délivrer qu’au compte-gouttes les informations nécessaires à la bonne compréhension des problèmes, sauf à jouir de beaucoup de temps libre et d’un certain nombre de compétences pour démêler ce labyrinthe complexe plein de chausse-trappes et de chiffres parfois contradictoires, malgré leur caractère public.

Nous ne nous étendrons pas sur le cas des nombreux petits élus locaux, égarés dans ce maëlstom, mais veillant cependant à conserver leur petite autorité malgré leur incurie avérée, aggravant souvent le malaise de leurs administrés. 

En deux mots : communication et démocratie. Elles n’existent tout simplement pas dans ce domaine (parmi tant d’autres).

N'hésitez pas à consulter ce petit clip "éclairant" :

https://youtu.be/jnyOvLBX0fA

L.D Lucy sur Yonne, le 6 février 2018

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