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Billet de blog 23 nov. 2016

Chronique du temps présent

Il arrive, (par mégarde ?) que la presse quotidienne régionale réserve ses colonnes à de belles interventions. Celle qui suit, sous la plume inspirée de l'écrivain Patrick Tudoret est une critique particulièrement pertinente de la démagogie ambiante en cette période électorale propice à la pire médiocrité. Retrouver le sens de l'ironie face à la dérision "institutionnelle". Une gageure ?

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CHRONIQUE DU TEMPS PRÉSENT

DÉRISOIRE, DÉRISION

par Patrick TUDORET

http://www.lechorepublicain.fr/paris/loisirs/art-litterature/2016/11/13/derisoire-derision-par-patrick-tudoret_12150655.html

Tocqueville, Cassandre assumé de nos défaites, l’a annoncé, il y a longtemps : l’aplatissement universel, le nivellement par le bas, que la transmutation des démocraties en démagogies porte en germe comme le bacille de la peste, est à l’œuvre. 

Idem de l’avènement d’une « dictature douce », nécrose des esprits et du langage qui fige tout dans le littéralement correct ou pire dans ce suicide de l’esprit qu’est la dérision. Il n’est plus permis, aujourd’hui, de dire certaines choses un peu sérieuses – et donc qui fâchent –, sous peine d’être anathématisé par les hérauts de la non-pensance et de la dérision qui sont, il faut le dire, souvent les mêmes.

Il faut s’y faire, la liberté semble désormais moins menacée par la lèpre fasciste (encore que de multiples signes répertoriables, en Europe même, peuvent faire peur) que par cette excroissance « morale » aux allures de nouveau dogme. À chaque fois que le langage a été moqué, castré, que ses mots n’ont plus compté, qu’il a été touché dans son intégrité organique même (le plus souvent dans les états totalitaires), les conséquences ont été désastreuses. C’est désormais dans les replis de la banalité que se cache le mal. La télévision, le Web et ses réseaux sociaux, la radio sont inondés par un torrent qui noie toute pensée un peu sentie, toute critique de fond. Là où naguère brillait l’esprit ou la lame tranchante de l’ironie règnent désormais la dérision et sa fausse insolence. Elle semble être devenue la norme, et de voir fleurir des « shows » ineptes où tout : la culture, l’art, la politique, le sacré, est tourné en dérision, annihilé par des spécialistes du néant, en quelque sorte, pseudo comiques autorisés, rois Pétaud d’une nouvelle ère, celle des rigolos… Si on laisse disqualifier par l’infantilisation toute forme de pensée construite, que l’on ne se plaigne pas de la montée de certains populismes simplistes et du succès planétaire des théories du complot. Il ne manquera jamais de couillons pour se laisser berner.

En 1951, déjà, un certain Albert Camus écrivait : « À une ou deux exceptions près, le ricanement, la gouaille et le scandale forment le fond de notre presse. À la place de nos directeurs de journaux, je ne m’en féliciterais pas. Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée et par un millier d’amuseurs cyniques, décorés du nom d’artistes, court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. » Force est de constater que rien ne s’est amélioré depuis, courant au contraire vers le pire. Personnellement, je ne hais rien tant que l’esprit de sérieux qui anime tant de nos « décideurs » et je crois que le rire est le propre de l’homme, mais tout tourner à la gaudriole contribue – quand le mot « intellectuel » est une insulte dans les cours de récréation – à tuer encore un peu plus la culture et le politique, ferments pourtant indispensables à la survie de l’Espèce.

Jean-Claude Guillebaud, observateur avisé, le soulignait, il y a peu : « Qu’en pleine tourmente occidentale, sur fond de violence terroriste et de détresse migratoire, dans ce climat de noyades en Méditerranée et d’indigence européenne, qu’entendons-nous du matin au soir sur les radios ? Une rigolade délibérée, un concours d’amuseurs cyniques » Alors, oui, pitié, ô, mânes de Pierre Desproges, de Raymond Devos, de Jules Renard, de Tristan Bernard, de Chamfort, de Queneau et de tant d’autres, redonnez-nous de l’esprit, de l’ironie, plus exigeants, plus difficiles à manier, il est vrai, mais tellement plus salutaires que cette dérisoire dérision et son armée de gnomes !

Coup de Cœur. Vous, de Dominique-Emmanuel Blanchard (Éd. Félicia-France Doumayrenc) Une voix, une vraie, que ce Vous, une belle apostrophe, mélancolique et douce comme les Gymnopédies de Satie.

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