Journal de confinement à Barcelone - Day 4

L’armée déploie ses troupes dans nos villes endormies. On vit désormais cloîtrés, avec notre imagination galopante et les infos qui ne cessent de tomber.

Le président catalan Quim Torra et son vice président touchés. 10 000 cas confirmés en Espagne, sachant qu’ils ont arrêté de dépister les malades. Les frontières espagnoles terrestres fermées. Les quinze jours annoncés, un avant goût d’une quarantaine bien plus longue... A l’inverse de chez Orwell, ce sont nos écrans qui nous sauvent, petites lucarnes ouvertes sur un extérieur en train de se fissurer, mais aussi les mots amis, blagues potaches qui circulent, fake news et nouvelles rassurantes en provenance d’Asie. Il faut choisir, entre faire l’autruche et rester connecté. Chercher l’espace en soi ou bien se raccrocher à l’info, les recherches médicales en cours, la bataille engagée autour du vaccin. On s’inquiète des sans abris, qui n’ont maintenant plus rien à manger, et que viendront sans doute secourir les militaires. Libre à chacun aussi d’accrocher au bas de sa porte un sac plastique contenant de la nourriture avec inscrit dessus “Sin techo”. Le mot circule. On essaie de retenir ceux qui veulent à tout prix sortir, travailler ailleurs, car il ne faut pas grand chose pour le contracter. Les yeux, le nez, la bouche, les pores de notre peau, comment protéger un corps autrement qu’en le cantonnant chez soi ?  On en revient toujours au même. Il y a aussi ceux qui essaient de fuir leur appartement pour ne pas finir contaminés. Si l’enfer c’est les autres, alors des bureaux vides apparaissent comme un espace de repli possible. A Barcelone, les loyers sont tellement chers que même avec un salaire confortable, on se voit souvent obligé d’accepter la colocation. Tout le monde s’inquiète de ce que l’on va pouvoir faire avec nos bambins at home, je dirais que tant qu’on n’est pas malade et qu’on accepte de vivre au beau milieu d’un safari, leur présence est une bénédiction. 

Barcelone, mardi 17 mars



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