Journal de confinement à Barcelone - Day 5

Étrange distorsion du discours présidentiel avec la réalité. L’ensemble se tient, répond à l’urgence mais pas une fois Emmanuel Macron ne prononce le mot “confinement” comme si ce terme était tabou.

Et, dans le flot de ses recommandations, il encourage les habitants à s’aider entre voisins, ce qui vu d’ici, confine au ridicule. Comment s’organiser entre voisins si le but est justement d’éviter tout contact ? Puis, paradoxalement, cette phrase, qui semble la clé de voûte de son discours. “Nous sommes en guerre”. La formule interpelle. Sommes-nous réellement en guerre ? Vivons-nous ce que les Syriens, terrés dans leurs caves, vivent au quotidien ? Pas vraiment.

Nous avons tout à notre disposition, c’est l’abondance, nos états voisins débloquent des centaines de millions et l’on nous gâte de surcroît. Nous autres occidentaux, n’avons pas l’habitude de ces petites privations, alors ce n’est qu’en accumulant les privilèges, films, applis, jeux à gogo et concerts gratuits qu’on pourra nous faire passer la pilule.

Si je compare le discours de Sanchez à celui de Macron, tous deux si jeunes, si brillants, si bien faits de leur personne, je m’aperçois qu’ils usent d’un même ton paternaliste, rassurant, comme si nous étions tous devenus des enfants. Le sommes-nous devenus ?  Devrait-on percevoir cette parenthèse comme une sorte de punition ? Et la terre qui respire à nouveau, que nous dit-elle ? Ça et là j’entends dire que nous sortirons de cet épisode grandis, qu’il y aura un avant et un après Coronavirus. Je n’en crois rien. Car, comme les enfants, on oublie.

Barcelone, mercredi 18 mars



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