J'avais envie d'écrire une lettre…

Je voulais écrire une lettre à « notre » président, Emmanuel Macron. Alors j’ai cherché des anagrammes, pour alléger. J’ai trouvé Monarc…

« Bonjour,

Comment ça va ?
Ça va ?
J’aurai dû vous le demander tout à l’heure déjà, pardonnez-moi de ne pas l’avoir fait : est-ce que vous voulez que je mette mon masque ?
Ça va pour vous si je le laisse dans ma poche ?
Je vous demande, parce que j’ai entendu comme vous les annonces, ces derniers jours, des gens qui nous « gouvernent » parler des restrictions nouvelles liées à la pandémie et bon… voilà… je sais que ça peut être angoissant. Et je voulais amener un peu d’optimisme.
Et puis je suis heureux qu’on puisse quand même se voir/se parler.
Disons… tant que c’est possible.

On est la preuve, là, à nous toutes et à nous tous, qu’on peut encore être ensemble et essayer de prendre soin les uns des autres, en se parlant au moins.

Bon, voilà :
Je voulais écrire une lettre à « notre » président, Emmanuel Macron.
Alors j’ai cherché des anagrammes, pour alléger.
J’ai trouvé Monarc

Je me suis dit qu’on aurait pu avoir comme des envies de couper les têtes des monarques ces derniers temps. Mais les gens qui coupent des têtes, avec des couteaux de boucher ou des guillotines, ne font pas partie de ce qu’il me semble être un avenir possible.
Encore moins heureux.

Parce que les cycles de la vengeance sont infinis.
Et qu’il est temps, me semble-t-il, de trouver comment créer des cycles de beautés.
L’horreur étant devenue un dénominateur trop commun.
Je me suis dit qu’il nous était possible de nous couper de cette tête, nous-mêmes.
Délicatement. Mais sûrement. Avec la force de la douceur.
Les têtes dirigeantes, qu’elles aient l’idiotie de ridiculiser ceux qui nous protègent des destructions à venir, ou de tuer celleux qui habitent les territoires à protéger tomberont, seules, si nous ne les nourrissons plus.

Il faut se nourrir du beau.
Et il est temps de nous prendre en main.
La révolution ne viendra que de nous.
Parce que nous sommes capables.
Nous sommes une nuée d’oiseaux migrateurs, qui portés par les vents du savoir, peuvent s’emparer de leurs futurs sans attendre ceux-là qui tentent de brûler notre présent.
Emmanuel comme les autres.
Nous sommes des flèches lancées par les femmes et les hommes qui vivaient ici avant nous, et qui attendent de nous que nous avancions vers nous-mêmes, qui sommes la Nature, en nous protégeant du feu qui vient.
Pour que nos enfants puissent à leur tour s’émerveiller.

J’aurais voulu commencer par vous dire Camarades, Compañeras ou quelque chose comme ça. Mais ça ne me semblait pas à la hauteur de ce qui nous attend : nous émerveiller à nouveau du monde à venir, et trouver ensemble une façon de le ré-enchanter.

Alors je m’adresse à vous, avides d’émerveillements, pour vous dire ceci :

Battez-vous pour ne pas soumettre le monde et qu’on ne le soumette pas pour vous !
Ne vous laissez pas prendre par l’ignorance qui nous entoure.
Là où les territoires se partagent, où les frontières se dissipent et se brouillent, où le commun l’emporte, il est certain qu’il existe un horizon.
C’est un peu idiot. Et terriblement naïf.
Mais l’Histoire nous aura appris ça : que la bienveillance à ce qui nous entoure appelle la bienveillance en retour, et qu’elle accouche, parfois, de beauté. Quand la violence n’engendre qu’elle-même.
Alors qu’importe la naïveté. Il faut croire, même bêtement, au beau.

Travaillons à tisser du temps.
Juste assez de temps pour qu’il y ait toujours un jour de plus.

Ne cessons jamais d’apprendre. Et d’y mettre toute notre âme.
Parce qu’il n’y a rien au-dessus.

Les mots passent, restent les gestes.

Il nous faut les partager. »

L'ivre penseur, 25/09/2020

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.