Les arts déco célèbrent divinement Christian Dior

Silhouette ajustée, taille marquée, et c’est tout le corps de la femme qui est sublimé, ses courbes élégamment soulignées. En plongeant les visiteurs dans l’univers féerique et glamour de la maison de Couture fondée par Christian Dior, il y a de cela 70 ans, les arts décoratifs nous entraînent dans un surprenant et sensationnel voyage au pays des rêves. Majestueux !

Aux arts déco, Christian Dior en majesté © © OFGDA Aux arts déco, Christian Dior en majesté © © OFGDA
On entre dans cette rétrospective d’exception comme en un jardin secret. Loin des paillettes, des taffetas, de la soie, des œuvres magistrales, des robes de princesse, on découvre d’abord l’homme. Du petit garçon issu d’une famille de notables normands au créateur de génie, c’est une immersion dans son univers, ses passions. De son goût prononcé pour le savoir-vivre d’antan, pour le mobilier art déco, de son amour enflammé pour les plaisirs du jardinage et de ses amitiés pour les artistes d’avant-garde dont il a été un temps le galeriste, tel Dali, Cocteau ou Giacometti, nous saurons l’essentiel et parfois le superflu. Grâce à cette entrée en matière foisonnante, captivante, nous allons aller doucement, imperceptiblement à la rencontre de cet être passionné qui se cache dans l’ombre du couturier de rêve.

Petit à petit, on se sent envahi par son esprit créatif, on devient familier de son penchant artistique. Dans cette ambiance feutrée, presque amicale, on plonge littéralement dans l’essence de son métier. Tout au long d’un parcours organisé par couleur, on est immergé dans son œuvre ainsi que dans celle de ses successeurs. Des pièces maîtresses, en passant par les chaussures, les accessoires, les bijoux et les modèles réduits, on se laisse submergé par ces rouges tendres, vifs, ces jaunes pâles, rayonnants, ces bleus céladon, nuit, ces gris moirés, ces noirs profonds. C’est une palette flamboyante qui se dévoile devant nos yeux réjouis. Des soies brillantes aux velours moelleux, des voiles délicats aux laines douces, parfaitement mis en valeur par un jeu de lumière tamisée des plus subtils, c’est une invitation au voyage au cœur des plus belles créations de la maison Dior. Derrière ce déluge de formes, de taffetas et de nuances de couleurs, c’est toute l’inventivité, la technicité des designers et des petites mains qui nous est exposé dans un magnifique écrin.

Passé cette première mise en bouche étincelante, Florence Müller, la commissaire de cette fascinante rétrospective, qui célèbre les 70 ans d’une des plus prestigieuses maisons de couture française, nous propose une plongée vertigineuse où se mêlent inspirations et pièces de choix. Ainsi, le portrait de la Duchesse de Polignac par Elisabeth Vigée-Lebrun côtoie les robes à paniers bas aux lignes rondes, pures imaginées par Raf Simmons, les croquis des costumes de quelques ballets russes de Baskt, une tenue princière signée John Galliano. Quant à l’Arlequin de Cézanne, il fait face à quelques tenues chamarrées inventées par le flamboyant Gianfranco Ferré.

Totalement envoûté par l’impressionnante et inventive scénographie de Nathalie Crinière, on se laisse saisir par cette balade au pays des songes les plus fous, les plus extraordinaires. Traversant les époques, les styles, on arrive au détour d’une salle dans un jardin d’Eden fait de papiers délicatement découpés, qui renferme les plus belles création d’inspiration florale de la marque dont la fameuse robe bustier brodée de mille fleurs signée Raf Simmons et portée par Natalie Portman dans la publicité pour le parfum Miss Dior et quelques pièces ciselées par la main de Christian Dior. C’est sur cette note printanière que s’achève la première partie de cette exposition fleuve.

Pour rendre hommage au génie de Dior et à l’empreinte qu’il a su imposer dans le milieu du luxe et de la mode à l’internationale, Les Arts décos n’ont pas lésiné sur les moyens ni l’espace. Les 3 000 mètres carrés d’exposition sont totalement dédiés à mettre en lumière celui qui n’a eu de cesse de magnifier, sublimer la femme, en exposant plus de 300 robes griffées CD. Ainsi, le parcours continue par une visite thématique au tour de chaque créateur qui ont perpétré l’esprit de Christian Dior après sa mort, lui conservant à travers les ans ses plus belles lettres de noblesse : Yves Saint-Laurent, Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simmons et enfin Maria Grazia Chiuri. Chacun apportant sa patte, son regard sur le monde, la féminité, la mode.

Avant de découvrir le clou du spectacle, véritable feu d’artifice de tissus et de couleurs, dans un espace blanc dédié aux prototypes, enchâssés dans des alcôves immaculées, deux jeunes femmes, deux « petites mains » de grand talent, brodent, sous les yeux curieux et scrutateurs des visiteurs, quelques sequins, passementeries, et nous font découvrir l’envers du décor, l’atelier de créations. Passé la galerie consacrée au New look, on pénètre enfin dans le saint des saints, la nef néoclassique du bâtiment. C’est sous ses voûtes de stucs blancs que les chefs d’œuvre de la marque sont exposés. Sous le regard languissant de Madame Rimsky-Korsakov peinte par Franz-Xavier Winterhalter, les joyaux de la marque scintillent de mille éclats. Tissus vaporeux, mousselines, légères, traînes interminables, crinolines magnifiées, robes ballon ou fourreau, tenues de princesse d’un soir, de star de cinéma, font tourner les têtes, enchantent les sens, et convient aux plus beaux des voyages immobiles, celui de l’art créatif. Magique !

Olivier Frégaville-Gratian d'Amore pour L'Œil d'Olivier.

 Christian Dior, couturier du rêve
Commissaires de l’exposition : Florence Müller et Olivier Gabet
scénographie de Nathalie Crinière
musée des arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris
jusqu’au 7 janvier 2017
Du mardi au dimanche de 11h à 18h et exceptionnellement à partir du 7 octobre 2017 le samedi et le dimanche jusqu’à 19h

 

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