(Tristes) Tropiques criminels : France 2 et l'imaginaire colonialiste

« Tropiques criminels », la dernière série en date de France 2 se déroulant dans l'« univers paradisiaque » des Antilles remet au goût du jour les clichés les plus éculés de l'imaginaire colonialiste.

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Le jour où les Français arrêteront pour de bon de considérer les Antilles comme un simple décor pour leurs fantasmes exotiques, on pourra peut-être mieux respirer. Mais le moment n'est pas encore venu : la dernière merde en date de France Télévisions, intitulée « Tropiques criminels » illustre encore une fois le mépris néo-colonialiste en vertu duquel, par exemple, pour faire une série policière qui se passe en l'occurrence en Martinique, il suffit de déporter l'imaginaire français sous les cocotiers et de dire que le tour est joué. Tant pis si pas une trace du vrai accent des Martiniquais ne s'entend dans cette innommable cochonnerie, tant pis si on s'y croirait en plein Paris, mais tropicalisé, avec deux ou trois crétins qui passent leur temps après leur travail à se dire « si on allait à la plage avec les potes ? », tant pis si le seul désir du Martiniquais à l'accent parisien est de se taper des femmes blanches (car tout ça y est pour de bon, allez voir si vous en avez la patience)... Il suffit de foutre deux ou trois belles images léchées des plages martiniquaises, filmer Fort-de-France en effet comme un joli décor, et surtout mâtiner l'ensemble de deux ou trois acteurs noirs (comme ça, on sera en règle avec l'époque des quotas), et tout va bien... Sauf que toute cette mélasse dégoulinant d'imaginaire exotique et d'inconscient colonial sonne pour ce que c'est : la violente réitération d'un si vieux mépris et d'une si ancienne relégation des Antilles à n'être que des cartes postales, au mieux. Faut-il dire à tous ces gens que les tropicalisés leur rendent bien leur mépris ? Que les tropicalisés vomissent ces caricatures de bas étage, et que « Le Nègre, il vous emmerde » comme dirait Césaire ? Car c'est bien ce qu'il faut rétorquer à ces débiles, producteurs ineptes grassement mandatés par le service public : un contre-mépris aussi puissant que leurs miasmes colonialistes. Et tant qu'à faire : même ces « paysages paradisiaques » dont vous avez plein la bouche et que vous filmez si complaisamment (peut-être pour relancer le tourisme, va savoir ?), croyant que cette île est votre prostituée, eh bien ces paysages aussi ils vous emmerdent, ils vous susurrent, si vous tendez vos oreilles de zoreils, un délicieux juron en bon créole où vous apprendrez ce qu'est un bonda.

Les tropicalisés, qui n'ont que faire de vos clichés coiffés de casques coloniaux, n'ont que deux choses à faire encore face à votre mépris : Premièrement, relire Césaire, relire Fanon, relire Glissant. Relire Lévi-Strauss aussi, et vous laisser, sinistres abrutis, à vos Tristes tropiques. Et enfin, se décider une bonne fois pour toutes à achever les décolonisations, pour de bon cette fois. « La prochaine fois, le feu » comme disait James Baldwin. Jou tala, zot ké wè.

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