En guerre?

on est en guerre et il faut se donner les moyens de rapidement terrasser l’ennemi “coûte que coûte” et, on le sait, il y aura des victimes comme dans toutes guerres

En guerre?

  • A-t-on déjà vu une armée gagner la guerre sans suffisamment d’effectifs bien équipés et sans stratégie offensive? 
  • A-t-on déjà envoyé une armée se battre sans munitions et sans protection? 
  • A-t-on déjà demandé, exigé que tous les jeunes, en âge de combattre, restent confinés chez eux, alors que l’on pouvait les envoyer au front sans risques majeurs (en deçà d’un certain âge)? 
  • A-t-on déjà entendu une communication aussi cacophonique proclamer avec emphase: “nous sommes en guerre!” et ne pas décréter l’état d’urgence, la mobilisation générale, ni procéder aux réquisitions nécessaires (cliniques privées, laboratoires, chercheurs…) et en s’appuyant sur un collège d’experts, certainement tous très compétents mais non élu, composé en urgence alors qu’il existe déjà tant de structures fonctionnelles qui, d’ailleurs, avaient depuis longtemps tiré la sonnette d’alarme et qui n’avaient pas été écoutés (urgentistes en grève, épidémiologistes prévenant de la catastrophe à venir, médecins hospitaliers obligés de démissionner pour se faire entendre…)?

En un mot, 

  • on a été imprévoyant mais, 
    • on ne pouvait pas savoir et, de toutes façons, c’est certainement de la responsabilité des prédécesseurs; 
  • on a été maladroit mais, 
    • en maintenant le processus électoral, on a voulu montrer que la démocratie fonctionnait encore et, 
    • en allant au théâtre, que la vie continuait sans entraves
  • on a été hésitant mais, 
    • on ne voulait pas créer de panique et, de toutes façons, on a suivi les recommandations des comités

On est, maintenant, inefficace par manque de moyens, par amateurisme, par absence de réel “leadership”, nonobstant les rodomontades de façade!

Soit on est en guerre et on se donne les moyens de rapidement terrasser l’ennemi “coûte que coûte” et, on le sait, il y aura des victimes comme dans toutes guerres, soit on se terre et on n’affronte pas ouvertement, radicalement l’ennemi, laissant nos plus valeureux soldats lutter en première ligne sans le soutien nécessaire - ce que la population a immédiatement compris qui, elle, organise spontanément un soutien quotidien bruyant et brillant au personnel médical et à tous ceux qui luttent, qui nous nourrissent, et qui commencent à fatiguer.

Marc Bloch, dans l'Étrange défaite (écrit dès 1940, en pleine guerre) a été le premier à démontrer et à dénoncer la cause principale de la débâcle: “l’incapacité du commandement”(1).

Mais, à la différence de 1940 où, “le système de promotion avait placé à la tête des armées françaises des vieillards incapables de remettre en cause leur interprétation de leur victoire passée” (1918), on a aujourd’hui plutôt affaire à une promotion - au sens ENA du terme - de jeunes hommes et femmes sans l’expérience nécessaire, sans le sens politique des anciens dirigeants, sans jamais avoir été confrontés à l’échec avant d’être parachutés à des postes de très haute responsabilité et qui, bien souvent malheureusement, sont obligés de: 

  • clarifier ou amender leur pensée, (“Le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement avait fini par concéder une "maladresse" quelques jours plus tard” ou "Objectivement, ce n'étaient pas les propos les plus avisés" ou encore “la ministre de la Justice s'est défendue quelques heures plus tard, estimant que son « expression a pu être maladroite ou lapidaire »”)
  • s’excuser d’avoir blessé un groupe ou un corps de métier (La porte-parole s'est excusée platement "Mea culpa”...) 
  • ou, carrément de (re-)découvrir la force et la nécessité d’un Etat régulateur, redistributeur, remobilisateur qu’ils ont trop longtemps critiqué, vilipendé et, plus grave encore, contribué pleinement et idéologiquement à affaiblir en privilégiant et en s’en remettant systématiquement aux lois du “Marché” !

Il ne reste plus qu’à espérer que le revirement du Président - "Certains biens et services doivent être placés en dehors des lois du marché", a tonné le président, ajoutant que "la santé gratuite et l’État-providence ne sont pas des coûts mais des biens précieux" - ne soit pas que momentané et qu’à la sortie, on en sortira plus humbles, plus solidaires, plus conscients de notre fragilité et à même de “changer de paradigme”.

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