Le CODE au Service National Universel (SNU).Le cadeau de Macron.

En réponse à la colère des gilets jaunes et de la population, le président Macron essaie de relancer son quinquennat avec une mesure populiste et alléchante qui va couter chère aux Français. Le code de la route au SNU, une mesure "de l'ancien monde" en décalage avec toute logique d’apprentissage mais qui peut rapporter gros sur l'échelle de la popularité.

 

Pourquoi le permis de conduire dans l’œil du cyclone ?

Depuis sa collaboration avec Jacques Attali,en tant que co-rédacteur, du rapport pour la commission pour la libération de la croissance en 2008, Emmanuel Macron a bien compris que toutes les mesures de promotion d'un permis de conduire moins couteux permettraient une hausse directe de cote de popularité.

En 2015, lorsqu'il présente,en tant que Ministre de l'économie, la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques (dite "loi Macron"), il tente un putsch contre les écoles de conduite de proximité, permet le développement de plateformes numériques dans lesquelles investissent de futurs financeurs de sa campagne, et promeut grâce à elles, le leurre du permis de conduire moins cher.

Après avoir créé la cacophonie dans le monde de l'éducation routière en mettant deux systèmes en opposition, et sacrifié de nombreux acteurs au prix de sa popularité , le président aujourd'hui tourmenté par le syndrome du "mal-aimé", revient vers ses premiers amours.

Alors que la France entière attend avec impatiente les mesures chocs engendrées par le grand débat, l'une d'entre elle se construit, à toute vitesse, dans les couloirs du ministère de l'Intérieur à la Direction de la Sécurité Routière (DSR).

Cette fois le président de la république, en réponse à la grogne des gilets jaunes, pratique "le libéralisme soviétique : l'état paye pour  vous", et propose, pour sortir de la crise, de charger l'état de la formation et de l'examen au code la route, gratuitement, via le SNU.

Il n'hésite pas a mettre en difficulté l'ensemble du secteur (y compris ses anciens amis du numérique), pour succomber au populisme d'une mesure qui coutera cher au contribuable et aux élèves.

Le Service National Universel (SNU)

En juin prochain, une première cohorte de 2000 jeunes volontaires de 16 ans, choisis, vont expérimenter le Service National Universel. Une expérimentation dont le panel, trié  sur le volet, sera loin de représenter l'ensemble des 15-25 ans qui seront dans l'obligation d'effectuer ce SNU d'ici 2022. Encore une fois, la Macronie  pipe les dés pour contourner "le mur" inacceptable de la remise en question lors d'une expérimentation.

 Douze jours consécutifs de vie en communauté, avec pour objectifs:

  • Cohésion sociale et territoriale ;
  • Prise de conscience, par chaque génération, des enjeux de la défense et de la sécurité nationale ;
  • Développement de la culture de l’engagement.

 Et au programme : 

  • formation aux premiers secours ;
  • activités sportives et de cohésion ;
  • ....
  • bilan de santé ;
  • évaluation des apprentissages fondamentaux de la langue française ; mais aussi une initiation au code de la route.

La formation et l'examen du code de la route au SNU.

Même si la proposition semble alléchante et sans détracteur possible, qu'en est-il vraiment ?

A l'issue d'une formation de 4 heures, en groupe de 30, effectuée par un enseignant de la conduite, les jeunes participants au SNU se verront distribuer gratuitement, un accès à une plateforme de tests de code en ligne, et un ticket pour passer l’Examen Théorique Général du code de la route chez un opérateur privé de leur choix (pour rappel l’examen du code de la route était gratuit avant 2016, date à laquelle, Mr Macron,  a décidé de le rendre payant et de le confier à des opérateurs privés. Aujourd’hui le contribuable va donc payer ces opérateurs).

Ce nouveau parcours de formation dissocie totalement la théorie de la pratique, et va l’inverse de toutes les théories de l’apprentissage.

Deux inconvénients majeurs :

- le frein à l’Apprentissage Anticipé de la Conduite (AAC), possible dès 15 ans, qui est le parcours d’apprentissage obtenant les meilleurs résultats en sécurité routière ( les parents préfèreront attendre le passage au SNU afin de ne pas financer la partie théorique durant la formation en école de conduite)

- la majorité des jeunes qui prévoient de passer le permis de conduire, par le parcours classique, à 18 ans, vont,  soit ne pas passer l’examen alors que le contribuable aura financé leur formation, soit passer l’examen mais devoir participer a plus d’heures de conduite afin de travailler les règles du code de la route apprises deux ans auparavant (les heures de conduite coûtent beaucoup plus que les heures de théorie), soit tenter le passage de l’examen sans s’assurer d’avoir le niveau, ils miseront sur la chance  pour profiter de ce cadeau gracieusement distribué et échoueront logiquement.

En plus de ces inconvénients, les centres accueillant les jeunes seront dénués des nouveaux outils numériques qui équipent l'ensemble des écoles de conduite de proximité (tablettes, vidéos projecteurs, simulateurs de conduite, vidéos de situations de conduite, simulateurs d’alcolémie ...).Une formation archaïque, avec un coût au moins équivalent à celle proposée par les écoles de conduite de proximité, qui ont, elles, des locaux et équipements adaptés.

Pour finir, Mr Macron, va offrir aux plateformes numériques, grâce à un accès donné aux jeunes a des tests de codes numériques, un fichier data, avec les coordonnées de l’ensemble des élèves afin de promouvoir leurs auto-écoles en ligne  beaucoup moins performantes et plus coûteuses que les écoles de conduite de proximité. Une négociation duement menée par les investisseurs de ces start-up  (fond de pension) qui parlent à l’oreille du président.

La solution la plus simple et moins coûteuse aurait été de  FINANCER LA THÉORIE DANS LES AUTO-ÉCOLES DE PROXIMITÉ, afin que les jeunes puissent se former au moment adéquat,  mais les besoins en bons résultats dans les  sondages dépassent toutes logiques pédagogiques et économiques, surtout à la veille des élections européennes.

A quelques semaines de la fin du grand débat, et de l’annonce des propositions de l’exécutif, cette mesure semble être la première d’une longue liste de mesures populistes ayant pour seuls objectifs de redorer le blason du président et de favoriser quelques « puissants ».

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