Décollage raté pour les auto-écoles en ligne

Les Start-up qui objectivaient de révolutionner le permis de conduire, le rendre 2 à 10 fois moins cher, ou même faire aimer l’examen, ne décollent pas sur le marché de la formation des conducteurs .

Depuis la création de la première auto-école en ligne en 2013 (Ornikar), et l’arrivée de deux autres en 2015 le bilan est flagrant .

Selon une étude sectorielle de l’observatoire de l’Association Nationale pour la Formation des Automobilistes, les nouveaux acteurs de la formation ne représentent que 0,4 % du marché de l’apprentissage, soit un peu moins de 7000 candidats examinés pour un potentiel de 1 550 000 candidats.

Pire encore, les enseignants indépendants (micro-entreprise) qui travaillent pour elles,  ne représentent que 0.6 % de l’ensemble des enseignants (salariés d’écoles de conduite), ils ont, par conséquent, de grosses difficultés pour remplir les plannings et réaliser un chiffre d’affaire décent et vivable (0,4% du marché pour 0,6% des enseignants).

Les raisons de ces échecs :

Un départ confus, un concept mal-élaboré

Afin de contourner les conditions d’ouverture d’écoles de conduite les jeunes Start-Uper avaient décidé dans un premier temps de louer des véhicules équipés de double-commandes avec des accompagnateurs bénévoles. Concept illégal , ils durent revoir rapidement leur copie pour devenir des «  auto-écoles en ligne ».

Une «erreur de jeunesse » qui a créé la confusion et une méfiance de la part des futurs lauréats du permis de conduire .

Des méthodes illégales

Devenir une école de conduite  nécessite le respect d’une réglementation drastique.

Afin d’accélérer leur développement, les auto-écoles en ligne ont décidé ne ne pas respecter l’obligation de détention d’un local d’accueil et de formation dans les départements d’exploitation.

Une infraction à objectifs financiers qui les décrédibilisent auprès des futurs conducteurs.

Des formations peu efficaces

Les auto-écoles en ligne se limitent, pour la formation pratique, à la mise en relation entre des élèves et des enseignants indépendants sans aucun contrôle.

Pas de  parcours de formation proposé, pas de suivi d’élève effectué.

Les taux de réussite, sont, par conséquent,  entre 20 et 30 % moins élevés que dans les écoles de conduite de proximité selon les départements.

Pour la formation code de la route, elles proposent une simple solution de tests sur internet, vendue en masse, sans aucun suivi.

Une solution qui ne cesse de faire baisser les taux de réussite à l’examen depuis 2015 (71,5% en 2015; 69% en 2016, 66% en 2017, 60% en 2018).

Des taux de réussite qui étaient en évolution constante avant l’arrivée de ces nouvelles structures.

Une piètre qualité de formation et des résultats décevant qui, malgré une communication faite de belles couleurs et de jolies dessins  est défavorable à l’acquisition de nouveaux élèves.

La formation « au permis de conduire » une histoire de proximité, et la proximité dans l’histoire

L’éducation routière n’est pas un produit de consommation courante.

Le défaut d’interlocuteur et d’accueil physique des auto-écoles en ligne n’inspire aucune confiance aux élèves et aux parents qui sont souvent les financeurs .

La majorité des élèves restent attachés au modèle de  l’école de proximité et sa salle de formation.

Des formations qui développent l’acquisition de comportements sûrs, avec suivi du formateur comme par exemple la conduite accompagnée qui correspond à 25 % du marché.

En se soustrayant aux obligations de locaux dans les départements d’exploitation les auto-écoles en ligne se sont privées de 25 % du marché et ont voulu transformer le modèle de proximité essentiel à la confiance des élèves. Encore une grave erreur stratégique.

 

 Les écoles de conduite de proximité restent la référence pour l’apprentissage de la conduite.

La révolution numérique engagée, il y a une dizaine d’années dans le secteur leur permet de rester à la pointe de l’innovation pédagogique.

Les nouveaux acteurs scandent avoir 20% du marché du secteur et sont très loin de la réalité.

Leurs communications excessives et mensongères, laissent pressentir, après un décollage raté, un crash à venir.

Lorenzo LEFEBVRE.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.