Violences policières ! Lettre ouverte aux humains otages de leurs uniformes

Comment ne pas réagir avec effroi aux images d'une police se déchaînant sur la population? Mais par ailleurs, comment faire abstraction de la réalité constatée dans l'exercice de mon métier: l’indigence extrême des conditions de travail des policierEs, leur souffrance psychique qu'ils peinent à contenir, l’absurde de leurs missions. Et les mots qui me montent aux lèvres sont: Rejoignez nous !

Vous êtes les otages d’un système d’une violence morale extrême.

Vous êtes les fusibles d’un système à haute tension, les boucs émissaires, les boucliers vivants, les mercenaires d’un petit groupe de puissants égoïstes, méprisants et cyniques qui vous détournent de l’intérêt général-votre devise- au profit de leurs intérêts privés.

 Ne sont-elles pas grotesques, illégitimes, tristement idiotes, les mains de ceux dans lesquelles vous êtes des soldats de plombs ? N’ont-ils pas l’air d’enfants capricieux égarés dans les Palais de la République, ânonnant des sophismes qu’ils ont appris par cœur jusqu’à la bouffonnerie ?  Que connaissent -ils du monde ? que connaissent-ils des autres, que connaissent-ils d’eux-mêmes et des raisons qui les poussent à vouloir servir l’argent et écraser les faibles ? Pourtant, ces êtres boiteux, carencés et suffisants ont tous droits sur vous, sur votre santé ! Ils dictent le sens et les objectifs de votre métier, de votre vie…En cela nous devons vous plaindre …ce sont eux qui vident votre travail de sa substance fraternelle, de sa valeur sociale.

 Ce sont leurs décisions qui font de votre métier vocationnel- dirigé vers le bien-être commun, le respect de l’intérêt général et son corollaire l’ordre public- un métier absurde, pire, un métier méchant. C’est leur méchanceté dont vous êtes rendus complices, qui vous pousse à collaborer à un système aveugle et injuste …Nombre d’entre vous pourtant luttent quotidiennement à contre-courant, donnant le meilleur de vous-même pour résister à l’inhumanité des missions qui vous sont assignées.

 On vous isole du reste du peuple, que pourtant vous servez ; on vous oppose, on vous confronte brutalement dans une arène ou le dialogue est proscrit. Vous ne voyez de vos semblables que la face la plus hideuse, la plus souffrante, celle des humains qui chutent, tuent, violent, agressent…  vos lieux de travail sont pareils à des fosses, inhumaines, dégradées :  l’odeur d’excréments  remplit les cellules où vous enfermez celles et ceux les plus frappéEs par la misère du monde, les narco-dépendants, les orphelins  qui volent pour se nourrir, les malades mentaux dont les hôpitaux ne veulent pas, ceux dont seuls la drogue ou l’alcool calme les souffrances, ceux qui n’ont pas d’autres moyens que la violence physique… ceux qui n’ont pas été aimés, ceux qui n’ont rien à perdre, ceux qui n’ont pas de pouvoir, même sur leurs propres pulsions et qui de ce fait montrent leur plus hideux visage et parfois crachent au vôtre … Quelles peuvent être les séquelles d’une telle réalité déformée sur votre âme ? Vous êtes empêchés, par les « objectifs quantitatifs » qu’on vous enjoint de tenir, de les comprendre, simplement de faire preuve d’empathie...pour eux mais aussi pour vous, car l’empathie est un besoin pour celui qui la reçoit mais plus encore pour celui qui l’exprime.

Vous êtes dépossédés de votre intelligence, humiliés d’avoir du cœur …contraints à la dureté et au cynisme pour vous protéger de la souffrance morale qui en résulte.

Mais l’humanité n’est pas la « vérité judiciaire » dépeinte en procédure :  elle est complexe, elle est combien plus riche d’espérance !

D’où vient le réel danger pour nos valeurs, ? Qui sont ceux qui pillent ? ceux qui mettent en péril nos vies à toutes et tous  ? Ils se blottissent dans les hôtels particuliers des Champs Elysées, qu’on vous contraint de garder.

La violence physique est la seule arme des démuniEs ….  C’est la vôtre trop souvent.

On a vu certains d’entre vous frapper des femmes, des enfants …des personnes âgées, des citoyennes et citoyens.

Rien ne justifie votre violence et ici nous cherchons pourtant à la comprendre. Avec l'espoir de la surmonter peut-être. 

 Vous ne méritez pas la haine que certains d’entre nous vous portent. Nous ne méritons pas les coups que certains d’entre vous nous portent.

  Mais il y a bien pire que cette fureur dont vous être tantôt les victimes et tantôt les auteurs : il y a le cynique mépris que vous expriment celles et ceux qui sont les orchestrateurs de la haine que le peuple tristement nourrit pour vous. Ne soyez pas aux ordres !

A quoi vos corps servent -ils de remparts ? La protection des vitrines ? Des voitures ? D’absurdes symboles ?

Le trouble à l’ordre public vient-il vraiment des bris de verres, tristes échos du cri de désespoir du peuple qu’on humilie…. C’est le désespoir, c’est la juste révolte qu’on vous somme de réprimer dans la violence …Attention ! C’est en direction des faibles, des vôtres que vos fusils sont pointés, en direction de nous en direction parfois de vous-même ! …ne visez pas David !  Ne soyez pas les boucliers de Goliath.

Car avant que d’être des costumes et des matricules vous êtes des citoyennes et des citoyens…et à ce titre vous avez des droits et notamment celui de dire "NON !" à ce qui est  manifestement inacceptable ! Rejoignez celles et ceux qui luttent dans la rue ou ailleurs ! protégez-nous, protégez-vous, protégeons-nous.

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