Il ne peut y avoir de Féminisme qui ne soit lutte des classes !

publié dans l'Humanité le 06/03/19 https://www.humanite.fr/propos-dune-polemique-que-revele-lemballement-mediatique-autour-de-la-vente-en-ligne-du-hijab-668925 Il ne peut y avoir de lutte de classes qui ne soit féministe. Le lutte pour l'égalité n'est pas une lutte haineuse c'est l'espoir d'un vivre ensemble exempt de violences.

 

La mise sur le marché de produits dérivés de la culture patriarcale, en l’espèce la commercialisation du « hijab de sport », et les réactions qu'elle suscite,  révèlent avec force l'intersexionalité des dominations capitaliste, raciste et sexiste et rappelle l’exigence d’un féminisme « lutte des classes » et universaliste !

Le « féminisme lutte des classes » c’est d’abord une méthodologie scientifique rigoureuse basée sur un postulat matérialiste (empruntée à la théorie marxiste notamment) :  L’infériorité des femmes est une domination construite socialement, car rien d’après une logique scientifique objective ne permet de la valider. La domination masculine est le résultat d’une histoire humaine violente tout comme la domination de classe ou de « race » et doit être combattue sans relâche aux fins de faire triompher un contrat sociale humaniste et un vivre ensemble sororal et fraternel.

Comprendre que les systèmes capitaliste, raciste et patriarcal partagent en commun la même matrice, à savoir qu’ils ont pour axiome initial la validation du bien-fondé de la domination de certains êtres sur d’autres, est le point de départ idéologique de notre  féminisme ».

Dès lors, il ne peut y avoir de « capitalisme féministe », et pareillement de « féminisme raciste » ! lutter contre une domination c’est forcément lutter contre toutes car cette lutte suppose au niveau théorique de contester le noyau de la matrice : l’inégalité de valeurs, de besoins et de droits entre des êtres humains et corrélativement d’affirmer l’égalité absolue et universelle !  En cela notre féminisme est radical mais au sens « d’intègre ».

Cette méthodologie aboutit non seulement à la convergence des luttes mais aussi à la cohérence idéologique des luttes.  

Au niveau des revendications personnelles des militant.e.s,certain.e.s peuvent faire montre d’incohérence dans leur positionnement, revendications et luttes et l’on peut voir poindre ici et là des « féminismes de paradoxes (tel que le féminisme de droite)  ou des « anticapitalistes sexistes » par exemple, rien de très surprenant. D'où l’importance de structurer le militantisme sur des bases théoriques claires et cohérentes sur le plan axiologique.

On peut observer à quel point ce focal « féministe luttes des classes » et l'approche combinatoire qu'elle sous tend, est bénéfique et permet d’éviter les malheureux écueils de la division des luttes et surtout du dévoiement de leurs finalités à des fins perverses.

Ne soyons pas dupes en effet, certaines et certains, instrumentalisent la question féministe à des fins xénophobes en cristallisant l'attention uniquement sur le sexisme "des autres" et en validant par ailleurs les formes les plus abouties des dominations contre les femmes les plus vulnérables (pauvres et étrangères majoritairement) telles que le "viol tarifé" que l'on nomme "travail du sexe" en nov langue néolibérale. Au passage, elles usurpent le sens du concept  "d'universalisme". 

Dans l’affaire Décathlon, ce qui saute aux yeux c’est que certaines s’étonnent que le marché capitaliste réponde aux demandes de produits discriminants pour les femmes tels que le hijab ? 

Qui a-t-il de nouveau ? le système capitaliste se nourrit allègrement de la haine des « dominées » en particulier des femmes. L’industrie du luxe ou la « haine de soi » à l’industrie pornographique de la haine de l’autre (la femme) sont des exemples aboutis de cette intersexionalité des  systèmes de dominations.  

N’a-t-on pas vu des grandes marques de luxe d’ailleurs à la fois instrumentaliser la nudité des femmes pour ensuite commercialiser toutes sortes de tenues visant à « protéger la pureté et la pudeur de celles-ci » ?  le capitalisme tire profit mais surtout perpétue la séculaire division des femmes en deux catégories complémentaires de « femmes objets des hommes » : d’une part « la femme objet de désir» (la prostituée) et de l’autre « la femme objet de procréation (la mère chaste et pure) ». C’est ce que Françoise Héritier nomme le « système archaïque dominant ».

Comprenez que le système capitaliste ne se borne pas à cyniquement tirer profit de notre culture patriarcale en pourvoyant à une demande de produits dérivés de cette culture, il puise sa subsistance même dans les outils de violences symboliques que le patriarcat dissémine en chacun.e. de nous. La domination de 49 % des êtres sur 51 % des autres du berceau au cercueil dans toutes les sphères des relations sociales et de manière aussi subtile que remarquable (vêtements,culture, langage, représentativité, espace public ou espace privé) est sans nul doute un formidable conditionnement des êtres à adhérer implicitement au système inégalitaire et violent du capitalisme. Autrement dit, être élevé.e dans une famille (puis une société) qui valide (ou reproduit inconsciemment) les inégalités entre ses membres (entre les partenaires du couple,  les femmes et les hommes, entre les parents et les enfants, entre les aîné.e.s et les cadet.te.s) c’est être conditionné.e à adhérer aux systèmes capitaliste et raciste en ce qu’eux aussi « normalise » et banalise l’infériorité d’un groupe d’humains! Heureusement ce conditionnement n’est pas une fatalité !

En somme, impossible de croire donc, en la sincérité d’un gouvernement résolument capitaliste lorsqu’il dénonce les hijabs vendus à Décathlon !

Impossible de nier bien entendu que le hijab est un outil d’oppression pour les femmes !

 Résolue à lutter contre toutes les formes de dominations symboliques et notamment vestimentaires que notre société continue à imposer aux femmes en dénonçant les puissants rouages invisibles de ce système qui conduit les êtres dominés à intégrer leur propre domination et ensuite à « collaborer » à celle-ci, voire à revendiquer à mauvais escient un droit de s’y soumettre ! Résolue à contester toutes celles et ceux qui refusent d’admettre les causes de cette collaboration des femmes à leur propre esclavage et rendent les « dominées » responsables de leur domination en faisant abstraction du système qui les y conditionnent…

Ni capitaliste, ni raciste, ni sexiste : « féministe universaliste lutte des classes » !

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