Respect de la laïcité

Il est temps de défendre la laïcité menacée de toutes parts dans notre pays. La loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat a définitivement tranché le nœud gordien de l'emprise du religieux sur la République au nom du respect du principe de la laïcité.

Ce lundi de pentecôte dans les Matins de France Culture, l'animateur de l'émission a offert une tribune à l'archevêque de Reims. Pourquoi Reims ville du couronnement des rois de France plutôt qu'un autre évêché ! L'entrée en matière m'a éberlué. En effet, le journaliste très déférent s'est adressé à l'homme d'Eglise en le désignant du nom de Monseigneur dans la plus ancienne tradition des milieux royalistes. Ainsi, la radio publique a offert une tribune de 9mn à cet ecclésiastique qui avec la hauteur de l'homme d'autorité a mis en cause le gouvernement de la République pour avoir légiféré sur la fermeture des églises au titre des mesures de confinement exigées par la circulation du coronavirus et interdisant ainsi les rassemblements de plus de 10 personnes. Ce dignitaire s'est autorisé à présenter cette mesure comme une atteinte à la liberté de culte, propos qui laissa sans réaction son interwiever. L'homme d'Eglise aurait pu ajouter en grand argentier qu'en l'absence des quêtes et autres revenus des offices, les diocèses avaient été privés à la fin des 2 mois de confinement de 40 millions d'euros de recettes comme l'avait affirmé le jour précédent un autre représentant du clergé déclarant que ces ressources manquaient pour rémunérer les prêtres et les laïques à leur service. Ensuite, la discussion se poursuivit sur l'interférence des mesures de confinement avec le rituel de la messe, sujet qui relevait de la radio chrétienne RCF et non d'une radio publique au service de l'Etat républicain.

La République a le respect des religions, et la démonstration en est donnée par le temps de parole et expression liturgique que France Culture chaque dimanche en matinée réserve à chaque religion. Ce temps du religieux débute à 7h avec la remarquable émission Questions d'islam avec Ghaleb Bencheikh, suivie de Chrétiens d'orient, du service protestant et la messe catholique.

Le religieux est de plus en plus présent sur les chaînes publiques. Quelques soient les sentiments que nous avons pu éprouver devant l'incendie de Notre-Dame relevant de l'émotion religieuse ou du préjudice porté à un édifice millénaire, ce sujet a pris trop d'importance dans l'information diffusée eut égard à bien d'autres atteintes aux biens publics dans l'histoire de notre pays. Notre-Dame monument religieux ne relève pas de l'histoire de la République née de la Révolution française. Une borne a été franchie Lorsque Emmanuel Macron président de la République se rendant sur les lieux de l'incendie se précipita dans les bras de l'archevêque de Paris, geste ostentatoire allant à l' encontre de l'indépendance de la République vis à vis du religieux. 

Alors que le sentiment du religieux dans la tradition catholique a abandonné peu à peu les Français, que les églises se vident de leurs fidèles, que la prêtrise attire de moins en moins de candidats, trouver dans un président de la République française un soutien à la puissance cléricale qui résiste est inacceptable pour un laïque, or la République est laïque.

France Culture ce matin a dérogé à ce principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.