Macron et le fait du prince

Qui peut encore écouter et comprendre la parole d'Emmanuel Macron à l'occasion de ses allocutions aux Français comme celle du 31 décembre. Son ton de compassion ne passe pas. Comme VGE, Emmanuel Macron malgré ses tentatives n'est pas parvenu à établir un lien de confiance avec les Français dans leur majorité. Il s'adresse à eux dans un langage de technocrate qui échappe à l'homme de la rue aux prises avec ses difficultés journalières qui pour le banlieusard se résument à métro, boulot, dodo. Que peut vouloir dire pour eux cette expression " réinventons nous, moi-même je me réinvente". Macron n'est audible que lorsqu'il se laisse aller à son naturel. Tout le monde a compris sa réponse à l'infirmière de Rouen "il n'y a pas d'argent magique" ou encore lorsqu'il a stigmatisé en réunion à l'Elysée les revendications du petit peuple pour regretter "le pognon de dingue des prestations sociales" Il n'a jamais été autant lui-même dans sa vulgarité que lorsque dans un geste d'énervement, il a répondu aux membres de la Convention Citoyenne pour le climat qui lui reprochaient de ne pas tenir sa parole de mettre en œuvre leurs 147 propositions, qu'il n'y était pas tenu car celles-ci ne relevaient "ni de la Bible, ni du Coran". Sous des allures patelines, le personnage est froid et sans empathie pour ses compatriotes comme il l'a démontré face au mouvement des gilets jaunes, sans un seul mot de regret pour les mutilations dont furent victimes plusieurs manifestants. Il tente de se rattraper aujourd'hui en améliorant sa communication en saluant les victimes de leur devoir. 

Face au champ de ruines de son programme électoral dont le fait marquant était la réforme des retraites pour réduire la dépense publique, aujourd'hui repoussée aux calendes grecques, à moins de 500 jours de la fin de son mandat présidentiel, Macron doit faire face à la pandémie du coronavirus, évènement imprévisible et dont la gravité ne peut se comparer qu'à la grippe espagnole il y a un siècle. La première vague du virus a été marquée par un déni sur notre impréparation en ce qui concerne les premiers remèdes comme le port du masque, la seconde vague souffre du retard pris dans la vaccination après la valse hésitation sur les mesures conservatoires prises pour réduire la propagation du virus. Il est difficile de charger Macron de ces différents manquements car nous ne pouvions attendre mieux des forces politiques qui s'opposent à lui, mais prétendre auprès des Français qu'il a pris les bonnes décisions aux bons moments est faire injure à leur bon sens. Dans le combat entrepris pour endiguer la pandémie, nous n'avons jamais eu autant besoin d'un pouvoir qui prendrait les bonnes décisions et le monarque républicain qu'incarne Macron interroge sur sa capacité à relever les défis d'une 3ème vague quand on sait que toutes les décisions futures de sa part releveraient de sa vision primant en dernier ressort sur toutes les recommandations des comités d'experts, tout du moins ceux reconnus pour leur indépendance. Malheureusement avec Macron notre sort relèvera du fait du prince. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.