Revisiter l'histoire

Je réécoute avec plaisir cette jolie chanson Jolie môme de Léo ferré datant de 1960 au rythme musical enlevé qui rappelait au temps de ma jeunesse la promesse de rencontre avec la jolie jeune fille de notre vie. Cette musique présente sur toutes les radios souleva le même enthousiasme pour ma génération appelée sous les drapeaux avec pour perspective cette sale guerre d'Algérie dont la cause n'était pas la sienne. Nous étions sous le régime d'un général, de Gaulle.

Ce vingtième siècle fut traversé par deux républiques. La 3ème à laquelle mit fin la défaite de 1940 due à l'incurie de nos généraux, lire à ce sujet le livre culte, l'étrange défaite de Marc Bloch le grand historien de l'école des Annales. Paul Raynaud, son dernier chef de gouvernement remit les pleins pouvoirs au titulaire d'un képi, Pétain auquel il est encore habituel de célébrer son élévation au maréchalat, ce qui est révoltant pour une ganache qui livra la France aux mains d'Hitler. L'appel du 18 juinnous fit connaître un général  jusqu'alors inconnu, de Gaulle, qui de Londres coiffa de son képi la résistance sous l'occupation en France et dont il s'attira le prestige de ses martyrs sans lesquels il n'aurait été rien ou si peu aux yeux des alliés. Le général, imbu de lui-même, s'installa pour peu de temps chef de gouvernement en 1945 de la 4ème République, laissant à d'autres le mérite de poursuivre la mise en œuvre du Programme du conseil National de la Résistance fondé par Jean Moulin.

Ce général ambitieux ne fut pas un visionnaire pour la décolonisation marquée par une guerre meurtrière en Indochine auquel su mettre fin en juillet 1954 un Pierre Mendès France grand serviteur de l'Etat, et qui fut suivit dès novembre de la même année par la guerre d'Algérie. C'est cette guerre sans fin contre un peuple algérien réclamant son indépendance qui permit au général de Gaulle en mai 1958 de coiffer de nouveau de son képi la 4ème République pour poursuivre une guerre coloniale qui fit couler le sang des appelés du contingent avant qu'il ne se décida à y mettre fin, confronté à la menace d'un putsch par une brochette de généraux dont le fait d'arme fut la pratique de la torture pour tenter de réduire la rébellion.

Appelé sous les drapeaux en novembre 1960, mon sort ne fut pas de parcourir le djebel et ses combats mais d'être envoyé au Sahara pour être exposé aux essais nucléaires dans le Hoggar. Le 1 mai 1962, je fus témoin de la catastrophe de l'essai béryl dont les retombées irradièrent aux cotés des civils de l'armement les appelés du contingent mobilisés pour les travaux d'infrastructure dans la montagne du tir. Béryl irradia bien au-delà sur un très vaste territoire jusqu'aux confins des frontières de l'Algérie, les populations sahariennes tant sédentaires que nomades. Ces premiers essais d'une bombe nucléaire  soulevèrent l'enthousiasme d'un de Gaulle manifesté par un « Hourra la France ». Le général n'exprima aucun sentiment de reconnaissance au nom de la France pour les victimes de cette guerre dont les appelés du contingent payèrent le prix. Quand aux irradiés, ils ne furent l'objet d'aucun suivi médical  une fois rapatriés dans la métropole tandis que les populations sahariennes irradiées furent totalement ignorées et abandonnées à leur sort.

De Gaulle endossant toujours son képi fut le fondateur de la 5ème république en 1962 qui lui permit d'asseoir un régime autocratique dont profitèrent et abusèrent ses successeurs. De Gaulle n'aima la république que pour s'en servir à des fins personnelles mais la royauté lui aurait mieux convenu, c'est ce que nous venons de redécouvrir à l'occasion de la disparition le 21 janvier du dernier prétendant au trône fils du comte de Paris. Ce dernier dans les années 40 avait sollicité Pétain afin de ceindre la couronne mais essuya un refus. Il est maintenant de notoriété publique que le général de Gaulle a entretenu des liens étroits avec la famille royale jusqu'à convenir plus ou moins implicitement que son prétendant le remplace à la tête de l'Etat en 1965 pour donner naissance à un régime monarchique.

De Gaulle avait 2 amours, le premier pour lui-même et le second seulement pour la France. Espérons que notre République ne sera pas coiffée par un nouveau képi à la suite du régime de crise que nous connaissons.

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