Algérie, question de mémoire

Les hommes de ma génération qui ont connu l'Algérie à travers la guerre d'indépendance comme appelés du contingent ne peuvent être indifférents aux évènements qui secouent cette ancienne terre coloniale depuis le 22 février. Côté français,nous lisons dans la presse que Macron et son gouvernement suivent la situation avec une très grande attention tout en s'abstenant de toute ingérence dans les affaires du pays. Mais nous lisons aussi que la 5ème candidature de Bouteflika bénéficie du soutien de la France et des Etats Unis au nom du statu quo gage de la stabilité du pays. Plus proche de la vérité est que la France cherche à protéger les intérêts de ses entreprises dans l'exploitation des ressources pétrolières et minières du pays. L'alliance entre les présidents successifs de la 5ème République et le régime du parti unique, le FLN depuis l'accession du pays à son indépendance relève d'un rapport d'intérêts financiers, ceci dans la continuité de la politique de la France à l'égard de son ancien empire coloniale. Nous en avons encore pour preuve le chantage de la France vis à vis du Mali et du Niger pour obtenir des compensations dans son accès aux ressources minières dont l'uranium, pour le demi milliard d'euros que lui a coûté sa force d'intervention au Sahel au nom de la lutte contre les islamistes. Cette politique algérienne de la France dictée par les seules considérations d'intérêts économiques fait oublier la dette que nous devons à l'Algérie, à commencer par le prix du sang que nous lui avons demandé dans la grande Guerre de 14- 18. Dans son émission" Question d'islam" sur France Culture Ghaleb Bencheikh n'a pas manqué de rappeler que sur les tombes des cimetières de Verdun le nom de Mohamed était plus présent que celui de Maurice et Marcel.

Dans le Monde du 1er mars, l'écrivain algérien Mohamed Kacimi sous le titre "Finissons- en avec le régime de l'armée-Etat en Algérie"dresse un bilan catastrophique de 57 années de mainmise du FLN et de ses généraux sur le pays dont les conséquences ont été la dévastation des paysages dans une course à toutes les spéculations, immobilières en tête sur fond de champ pétrolifère, faisant oublier les atteintes à la vie traditionnelle de ce pays au cours des 132 années de présence coloniale. Ce constat ne libère pas la France de sa dette envers l'Algérie qui au delà de ses morts pour la France  et le prix dont elle est redevable pour avoir irradié pour la nuit des temps l'espace saharien jusqu'aux frontières du Mali, du Niger et de la Libye par ses campagnes d'essais nucléaires de Reggane à In Ekker dont le point d'orgue fut la catastrophe de Béryl du 1er mai 1962.

La France de De Gaulle à Macron a abandonné à leur sort d'irradiés avec toutes leurs conséquences médicales ,les populations de ses zones sahariennes victimes des retombées radioactives et de la contamination des sols. C'est un crime d'Etat .

Espérons que les perspectives de renouveau et d'ouverture attendues de la révolte du peuple algérien contre Bouteflika et son clan, permettrons à la France et à l'Algérie de renouer un dialogue  qui au delà des intérêts commerciaux permettrait de sauver ce qui peut l'être de la cause des oubliés des essais nucléaires au premier rang desquels figurent le peuple des Touaregs du Hoggar.

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