France Culture ou la Culture pour tous.

L'âge aidant, j'écoute assidûment France Culture. Cette merveilleuse chaîne de radio dispose d'une part de marché de l'ordre de 3% avec 1,6 million de fidèles auditeurs. Dans une France de plus en plus acculturée, disons que c'est un record d'audience. Les émissions les plus en vue sont réalisées et présentées par des hommes connus et reconnus pour leur professionnalisme. Plusieurs ont des années de pratique avec l'accumulation de centaines d'émissions toujours écoutées en podcast. L'intérêt que les auditeurs leur portent résulte de la qualité des échanges avec leurs invités, le plus souvent porteur de témoignages exceptionnels relatifs à leurs vies et engagements passés. Et pourtant semaines après semaines, je suis souvent agacé par ces dialogues entre gens issus des meilleures universités et se mesurant à l'aune de leur réussite au concours de l'école Normale Supérieur de la rue D'Ulm, mais tous dépositaires au moins d'une agrégation de philosophie ou d'histoire.

Mon parti pris à leur encontre est que très souvent je suis dépassé par la hauteur de vue de leurs propos. Au cours de ces émissions d' une longueur d'environ une heure, chacun d'un micro à l'autre n'échappera pas pour émailler ses propos à la récitation studieuse de multiples citations. Tous les grands de notre littérature y passent jusqu'à ces derniers jours entendre évoquer Diderot pour son Jacques le fataliste et son maître. Les invités de ces émissions ont une expérience de salons parisiens des grandes luttes politiques du 19ème siècle quand l'avenir radieux du socialisme relevait de penseurs doctrinaires venus de l'Est. Comment ne pas s'amuser à entendre nos philologues, l'un préférant Lénine à Marx et l'autre à Trotsky. La plus belle envolée lyrique de ces derniers jours a été l'aveu de ce cacique de la rue d'Ulm déclarant avoir renoncé à sa vocation de commentateur de textes pour rejoindre les guérilleros dans leur lutte révolutionnaire en Amérique du Sud. Répondant à la question posée, il justifia un tel engagement sans lendemains par sa honte d'avoir vu la France perdre sa puissance internationale après la défaite de 40, et bien sûr en réaction à la torture en Algérie.

Qui pourra dire à ces hommes encore très écoutés qu'ils conversent entre eux sans beaucoup se préoccuper de leur public à l'écoute, que leur rôle est aussi de se faire comprendre de lui au nom d'une culture pour tous. 

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