Le Monde, haro sur l'indépendance de la presse

Être abonné de Mediapart et appartenir au club de ses blogeurs offre une tribune pour soutenir le pôle d'indépendance du Monde rassemblant salariés et la société des lecteurs pour défendre ses libertés face à un réseau d'intérêts sur le point de prendre le contrôle de son capital. 

En 2010, confronté déjà à une crise financière, Berger, proche du journal, décida de soutenir le Monde grâce à une recapitalisation dont il fut partie prenante avec Pigasse banquier de Lazard, et Niel créateur de Free, au côté d'un sleeping partner l'espagnol Prisa. Aucun de ces associés n'était majoritaire et le Monde bénéficiait d'une minorité de blocage avec le pôle d'indépendance détenteur de 25%du capital. En 2017,suite au décès de Berger ses héritiers ont maintenu le statu quo. En octobre 2018, à la surprise générale un certain monsieur Kretinsky homme d'affaires jusqu'ici inconnu, d'origine Tchèque, et détenteur d'une réputation de milliardaire pour avoir prospéré dans l'industrie du gaz et du charbon, utilise Pigasse comme cheval de Troie pour faire une entrée dans le capital du Monde. Dans les mois qui suivirent la question s'est posée aux yeux des salariés et de ses lecteurs de savoir jusqu'où iraient les intentions de Kretinsky dans son intérêt pour le quotidien.

Le Monde dans son édition du 5 septembre au travers de 2 articles, l'un sur les activités professionnelles du Tchèque, l'autre sur un appel du pôle d'indépendance, a tenté d'alerter l'opinion sur les menaces que fait peser l'ombre de Kretinsky sur l'avenir du journal. L'homme s'est employé depuis 2016 à tisser des liens avec le monde politique où figurent Gérard Longuet et l'ancien maire du Havre, Édouard Philippe. Il nous est ainsi révélé que le même homme a tenté de participer à la dernière augmentation de capital d'EDF profondément endetté, à condition de jouer un rôle dans sa gouvernance, ce qui lui fût refusé. Il semble aujourd'hui que ce ne soit que partie remise de sa part pour tirer profit du probable démantèlement d'EDF et de l'autre acteur majeur dans la fourniture d'énergie en France, Engie  comme l'envisagerait le président de la République pour sortir de l'impasse où l'a acculé la crise de l'endettement d'EDFqui ne fait que s'aggraver.

Kretinsky à deux fers au feu, l'un servir son intérêt pour des actifs disponibles à la vente et peut être bradés par le gouvernement, l'autre pour disposer avec la prise de contrôle du Monde d'un puissant levier sur la mainmise de l'information en France. Dans ce but, il convoite ce qui reste de la participation de Pigasse doublé d'une offre d'achat sur Prisa, ce qui en ferait le 1er actionnaire du Monde et qui sait, devenir son propriétaire si Niel se délestait de sa participation.

A leur tour aux lecteurs de s'interroger sur les silences du président Macron toujours si prompt à réagir à tout propos, sur l'activisme de l'homme d'affaires Kretinsky s'attaquant ainsi aux deux monopoles EDF pour la fourniture d'électricité et GDF fusionné dans Engie, pour la fourniture du gaz, et par ailleurs sur le risque de sabordage d'un quotidien lancé en 1944 à la Libération et devenu rapidement un journal de reference en France et dans l'international pour sa qualité et sa libre expression.

La mobilisation du pôle indépendance du Monde dans son numéro du 5 septembre s'explique par l'imminence d'une transaction orchestrée par Kretinsky pour s'emparer du journal. La seule ligne de défense du dit pôle est de faire respecter par Pigasse et Niel en y associant Kretinsky, l'engagement par lettre pris en octobre 2018 de ne céder leurs participations au capital qu'aupres d'éventuels acheteurs sans son accord. Cette lettre n'est restée jusqu'ici qu'une intention et le pôle d'indépendance met en demeure ses grands actionnaires de confirmer leur engagement en y apposant leur signature. L'issue de ce bras de fer est des plus incertaine !

Les lecteurs de Mediapart ne peuvent rester indifférents à la défense de la liberté de la presse, un enjeu qui jusqu'ici n'a pas mobilisé l'opinion et les grands acteurs de notre société capitalistique aussi prompts à financer la reconstruction de la charpente de Notre-Dame comme en avait exprimé le souhait du président Macron 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.