Macron, un président méprisant et imprévisible

L'élection de Macron a été un accident de l'histoire. Fort de son succès, à mi parcours de son mandat, il a transformé la démocratie directe, instaurée par la constitution de la 5ème République, par l'exercice d'un pouvoir jupitérien. Sa conquête du pouvoir lui a attiré tous les déserteurs des partis politiques traditionnels, à droite comme à gauche, qui se sont rassemblés sur son nom pour former une majorité parlementaire à sa botte. Il dispose ainsi de tous les pouvoirs, le régalien et le législatif. Quel bilan en a t-il tiré ?

Au fil du temps, son peu d'intérêt et son manque d'écoute pour les réclamations des couches populaires se sont traduits par des mouvements de protestation alternant grèves des ouvriers et révolte des laissés pour compte de la société, arborant des gilets jaunes pour manifester sur les ronds-points et dans les villes sans épargner les vitrines des beaux quartiers de la capitale. 

Au début fut la grève des cheminots pour défendre leur statut. Indifférent à sa durée exceptionnelle, Macron attendit l'épuisement des grévistes pour l'emporter, affirmant ainsi son autorité d'homme fort. Vint ensuite totalement incompris dans un premier temps en novembre 2018, le mouvement des gilets jaunes rassemblant hommes et femmes se considérant comme des exclus de la République. Déstabilisé par la violence du mouvement, Macron y répondit par deux poids, deux mesures. D'abord la répression par les forces de l'ordre qui répondirent aux jets de pierres des manifestants par des tirs de flash-ball et des grenades de desencerclement mutilant et éborgnant des dizaines d'entre-eux. Comment oublier que les blindés de la gendarmerie remontèrent les champs Élysées. Cette répression totalement inhabituelle en temps de paix, souleva un mouvement d'indignation de la part des défenseurs des droits de l'homme dans le monde. Macron n'eut aucun geste d'apaisement et de contrition à l'égard des gilets jaunes ainsi blessés. Face à ce mal-vivre d'une couche populaire étrangère au monde ouvrier, Macron dut se résoudre à lâcher du l'est. Il proclama haut et fort sa décision de répondre aux revendications des gilets jaunes en leur distribuant 17 milliards d'euros, allant d'un allègement de l'impôt sur le revenu d'un montant de 5 milliards d'euros qui allait profiter non pas aux gilets jaunes mais aux classes moyennes, à un saupoudrage de mesurettes étalées dans le temps pour relever le pouvoir d'achat des plus démunis. La protestation des gilets jaunes s'est enlisée ensuite par le découragement et dans l'indifférence de l'exécutif.

Macron se remit en selle en lançant le Grand Débat, manière de communiquer à son avantage avec un public choisi sur mesure. Pour ceux qui l'ont écouté, au fil de ses discours à sens unique, il était impensable que le bon peuple puisse comprendre des paroles intraduisibles dans le langage commun. 

Passée cette crise ainsi surmontée, Macron s'attaqua à la réforme des retraites, principal enjeu de son programme électoral. Face à des semaines interminables de grèves mobilisant principalement les moyens de transport, SNCFet RATPen ILE de France, arborant un simulacre de concertation avec les syndicats de tous bords et passant outre aux sondages annonçant que 56% des Français étaient opposés au passage en force de l'exécutif pour l'adoption de la loi réformant le régime de retraites, Macron mettant en avant son Premier Ministre s'affranchit de la poursuite de tout débat parlementaire et du vote de la Chambre des députés. Il profita d'une opposition qui ne fut pas à la hauteur de l'enjeu.

Quelque soit la forme que prendra la future opposition à cette réforme, le refus de la présidence Macronienne à toute concertation et compromis républicain sur l'élaboration d'une réforme qui remet en cause la volonté de progrès dans les acquis sociaux hérités de programme du Conseil National de la Résistance en 1946, est une menace pour nos institutions. La volonté de domination de Macron continuera à s'affirmer dans la phase 2 de son mandat qui n'aura qu'un seul but, trouver les moyens de se faire réélire. Après le temps du mépris viendra celui de l'imprévu avec deux fers au feu, la démission en désespoir de cause ou le maintien au pouvoir à tout prix. 

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