Les Hirondelles en danger

Si le vieil adage une hirondelle ne fait pas le printemps est vérifié d'une année sur l'autre, le 1er jour de l'automne le 22 septembre marquait la fin de la dernière vague du départ des hirondelles pour leur émigration vers le ciel africain. J'en ai encore la démonstration avant de quitter la Normandie quand à la mi septembre les hirondelles se regroupèrent dans le ciel à deux reprises d'une journée à l'autre pour repartir vers leurs lieux d'hibernation. En ce premier jour d'octobre alors que je regagnais le Poitou sous un ciel bas et lourd, qu'elle ne fut pas ma surprise en ouvrant ma fenêtre le matin d'entendre quelques gazouillis. Ma 1ère réaction fut de me demander sans les avoir vus quels étaient ces petits oiseaux. Les jours suivants furent accompagnés de fortes averses et plus aucun gazouillis ne se fit entendre.

Qu'elle ne fut pas ma surprise alors que j'échangeais quelques propos avec un voisin sur le mauvais temps en ce début d'automne et que les hirondelles étaient de moins en moins nombreuses en septembre, d'apprendre qu'un journal local relatait que les petites hirondelles de la dernière couvaison plus tardives que jamais car bénéficiant de la prolongation d'un temps plus chaud s'étaient laissées surprendre par l'arrivée du mauvais temps et déboussolées se réfugiaient sous les pans des toitures ou dans les interstices des murs, au point que les sociétés Ornithologiques demandaient aux ruraux de recueillir les plus fragiles pour les soigner. Il faut craindre que cette perte de leurs repaires et l'accumulation des intempéries affectent de façon significative le flux migratoire de nos familières. Ce phénomène est d'autant plus préoccupant pour la survie de l'espèce que comme je l'ai signalé dans un précédent billet, les martinets noirs aux longues ailes, ont été de plus en plus rares cette saison dernière jusqu'à ne plus en apercevoir dans le haut du ciel par endroits.

Si les observations sur le réchauffement du climat contribuent à appauvrir un peu plus la population des hirondelles au moment de leur retour au printemps, il faut voir dans la destruction des insectes par l'épandage des produits chimiques sur les cultures, l'autre cause affectant à terme la survie de ses oiseaux migrateurs. Pour les plus anciens d'entre nous, comment ne pas se souvenir de ces rassemblements impressionnants d'hirondelles sur les fils électriques, virevoltant pour se reposer de nouveau jusqu'à leur départ d'un seul envol d'un jour à l'autre. Aujourd'hui, elles se regroupent sur les toitures de moins en moins nombreuses chaque année.

Alors que nous sommes nombreux derrières les écologistes qui s'alarment de la disparition des abeilles dont le rôle de pollinisateur est irremplaçable et que l'effet destructeur des néonicotinoïdes est dénoncé au sein même du monde politique, il est impératif que notre société se mobilise dans les milieux ruraux pour dénoncer la prolifération de l'usage des insecticides mettant en péril notre cadre de vie dont l' accoutumance à la nidification et aux vols des hirondelles à la belle saison font partie. Alors que les martinets avec leurs cris en trilles stridents disparaissent progressivement de notre ciel estival, sauvons à tout prix les hirondelles dont la disparition serait un marqueur indéfectible de la destruction de notre environnement. 

Hier 5 octobre, encore 3 petites hirondelles s'étaient réfugiées, recroquevillées à l'abri d'un mur de soutainement pour se protéger d'une pluie diluvienne. Ce matin elles ont disparu. 

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