Front National, le rejet des autres, Rassemblement National, le refus des autres

Le Front National est un parti ultra nationaliste créé en 1972 par un groupe d'extrême droite dont la tête d'affiche  était Jean Marie Le Pen et où figurait un ancien Waffen-SS. Il attira à lui les nostalgiques de la France de Pétain et de la collaboration revendiquant leur antisémitisme, au point de considérer comme son président Jean Marie Le Pen que la Shoah n'était qu'un "détail de l'histoire". Ces hommes encore jeunes n'avaient eu à l'époque coloniale que mépris sinon haine pour les peuples que nous avions asservi en Indochine et en Algérie et où la France avait livré 2 guerres très meurtrières avant de se retirer de ces pays successivement en 1954 et 1962. Pour eux à cette époque, les Indochinois étaient des niakoués, les Algériens des bicots, des bougnouls où encore des melons. Leur rejet des autres nourri par leur antisémitisme hérité de leur milieu social avait trouvé son exutoire dans le fait colonial. La vieille droite française toujours présente dans le pays trouva un nouveau souffle après la dernière guerre avec son adhésion aux thèses populistes du FN, permettant à ce nouveau parti d'accéder au deuxième tour de l'élection présidentielle de 2002.

En 2011 Jean Marie Le Pen passa le relais à sa fille Marine Le Pen qui prit la présidence du FN. Cette femme aujourd'hui en compétition plus ou moins ouverte avec sa nièce n'avait pour seul mérite que d'hériter du nom de son père figure emblématique de la tradition ultra nationaliste d'une certaine France. Marine Le Pen fit franchir un tournant à la politique du FN en se débarrassant pour un temps des oripeaux antisémites de son père. Contestée où pas, cette femme s'affirme être une tête politique. En quelques années elle fit du FN une force d'opposition crédible à l'extrême droite. Par son discours et sa rhétorique elle attira à elle et à son parti renommé Rassemblement National, les laissés pour compte des quartiers populaires des grandes villes et des banlieues délaissées, tout en recrutant aussi dans les régions désertées par l'industrie, en promettant à tous des jours meilleurs en fermant nos frontières. Pour convaincre ce public touché par le sous emploi et confronté à la mixité sociale avec l'afflux des étrangers, elle a lancé 2 anathèmes, le refus de l'immigration, et de l'emprise de l'islam sur notre société. Avec l'immigration elle vise surtout les peuples du Maghreb et du Sahel. 

Son refus de la mixité entre les Français de souche et les eurafricains est contraire à la tradition integrationniste de la France dans les siècles passés dont le 20ème est le meilleur exemple. La France a accueilli et intégré successivement des Polonais dans le nord, dans le sud les Italiens fuyant le fachisme, les Républicains espagnols échappés de la guerre civile et sans oublier les Arméniens rescapés des pogroms de l'empire ottoman. La fibre patriotique de Madame Le Pen devrait se réveiller au souvenir des Algériens morts pour la France à Verdun en 1916. Pour s'en convaincre, il lui suffit de se rendre sur les lieux pour lire les noms sur les monuments aux morts pour constater que figurent plus de Mohamed que de Marcel et de Maurice dans les prénoms. 

La question que pose la religion en l'occurrence ici l'islam est d'une toute autre nature. Depuis la Révolution de 1789 la République de la 1ère à la 5ème est laïque. Cette affirmation n'a cessé d'être contestée par la religion catholique jusqu'à ce qu'elle cède devant la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'Etat. Alors que nos Églises Chef d'œuvre de notre patrimoine architectural Roman et Gothique se sont vidées de leurs fidèles et que les séminaires ne recrutent plus de futurs prêtres, nous ne pouvons accepter qu'une nouvelle religion l'islam ait pignon sur rue avec ses imans prédicateurs de quelque obédience soient-ils. Alors que peuvent cohabiter dans notre pays des gens pieux pratiquant leur propre religion, cela ne peut relever que du concensus. La question du port du voile par les femmes musulmanes dans nos rues ne doit pas être un problème pour les laïques. Pour ceux qui ont connu la France de l'après guerre, ils étaient accoutumés à croiser dans nos rues des religieuses avec leurs coiffes et les prêtres en soutane et ne s'en offusquaient pas. Toute femme musulmane a droit à son voile dans la mesure où elle ne le porte pas sous la contrainte d'un patriarcat.

Pour conclure sur le rôle des religions dans notre société d'aujourd'hui, qui mieux que l'historien Marc Bloch, fusillé comme résistant, dans son testament publié en 1944 a marqué sa différence entre l'empreinte de sa religion, le judaïsme, sur sa vie personnelle et sa liberté de penser. 

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