La Commune, deux poids deux mesures

Hasard du calendrier, la dernière émission Concordance des temps de Jean Noël Jeannenay avait pour thème la propriété et le vol au 19ème siècle, occasion d'évoquer la légende noire contre la légende dorée de la Commune. Comme le rappela Jean-Noël Jeannenay la légende noire l'emporta sur la légende dorée. Alors que le 18 mars prochain sera commémoré envers et contre tout le bicentenaire des 72 journées de la Commune, la légende noire continue à l'emporter chez les faiseurs d'opinions. Ainsi, n'avons-nous pas entendu Pierre Nora, Oui Pierre Nora sur l'antenne de France Inter déclarer qu'il n'y avait pas lieu de commémorer le bi centenaire car la Commune n'avait rien apporté de positif à la République. Le vieil académicien se range ainsi du côté de ceux qui déclaraient qu'il ne s'agit pas de substituer une légende noire à une légende dorée, mais de rétablir la seule vérité historique. La Commune a été un agglomérat majoritairement de petits bourgeois, de tribuns présomptueux incompétents prêts à tout pour instaurer une dictature s' appuyant sur le désordre, les pillages, les destructions. Avant de reprendre point par point ces assertions, précisons que la légende dorée selon ses détracteurs reposait sur le mythe, celui d'un peuple aspirant à la liberté, à l'égalité et à la fraternité malgré une révolte écrasée par une sanglante réaction conservatrice. Nul ne conteste aujourd'hui parmi les historiens la sanglante répression de la Commune même si certains se hasardent à contester le chiffre de 30.000 victimes ramenant celui-ci à 5.000 ou 6.000 seulement.

Les communeux et non les communards comme ils sont appelés à tord, n'étaient pas des émeutiers mais des insurgés revendiquant un ordre social plus juste. Parmi les événements les plus violents de la Commune, ses contempteurs dénoncent des incendies qui auraient ravagés des pans entiers de la capitale alors que seuls quelques monuments emblématiques car représentant l'image du pouvoir comme la colonne Vendôme, le Palais des Tuileries, l'Hôtel de Ville et le Palais de justice ont souffert. Au chapitre des pillages, il suffira de rappeler que la Banque de France n'a subi aucun dommage. À propos de l'incompétence des petits bourgeois qui ont écrit l'histoire de la Commune, il nous suffira pour démentir ces propos de reprendre la liste de leurs principales initiatives prises en si peu de jours. La Commune a mis en place une instruction publique obligatoire et laïque, un gel des loyers, des distributions de vivres aux plus malheureux, l'ouverture de la citoyenneté aux étrangers, songeons à la naturalisation d'Apollinaire pour combattre en 1914, le vote des responsables politiques avec surveillance de ceux-ci par leurs électeurs, séparation des Églises et de l'Etat, suppression de la catégorie "illégitimes" pour les enfants nés hors mariage, suppression du travail de nuit dans les boulangeries.

OUI, il faut se souvenir de la Commune. 

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