Clemenceau - de Gaulle, comparaison n'est pas raison

Je suis un fidèle auditeur de France Culture avec 2 émissions phares, Les matins de France culture de Guillaume Erner et Le grain à moudre d'Hervé Gardette. Quelle n'a pas été ma surprise ces derniers jours d'entendre cité le nom de Clemenceau à propos de Macron et du macronisme. Guillaume Erner se contenta d'évoquer en Clemenceau le personnage politique controversé, ce qui me paru assez réducteur compte tenu de sa dimension historique. Dans la seconde émission, le journaliste Brice Couturier s'interrogea sur la capacité d'un Macron, bien jeune monarque républicain, à faire face à un drame national de la dimension d'une guerre terroriste en comparant cet enjeu à celui dont eut à faire face Clemenceau comme chef de gouvernement en novembre 1917. Placer ainsi Macron dans l'orbite de nos grands hommes qui ont fait l'histoire me parait assez ambitieux mais pourquoi pas?

Le journaliste poussa plus loin ses références à l'histoire en hissant la notoriété du Général de Gaulle au rang de celle de Clemenceau le Père la Victoire. Là, je marque mon profond désaccord. En effet, de Gaulle ne fut pas le seul héros de la résistance de la France face à l'occupation nazie. Cette résistance fut autant sinon plus celle d'un Jean Moulin et des siens, combattants de l'intérieur alors que de Gaulle était réfugié à Londres. Clemenceau ne se reconnut jamais dans l'empire colonial français et s'illustra en ne mettant jamais les pieds dans l'une de nos colonies. Rappelons que de Gaulle ne fut pas un visionnaire de la décolonisation. Après 1945, il ne s'opposa pas à la guerre d'Indochine et avec lui la guerre d'Algérie se poursuivit pendant 4 ans de plus, de 1958 à 1962. Clemenceau eut une autre carrière politique plus longue encore que celle de de Gaulle, commencée avec la Commune en 1870, marquée par son combat pour la réhabilitation du capitaine Dreyfus et conclu peu avant sa mort en 1929 par sa confrontation posthume avec le maréchal Foch qui aurait souhaité poursuivre la guerre pour repousser les Allemands au-delà de nos frontières mais au prix de 300.000 tués de plus du coté français, ce à quoi Clemenceau se refusa. 

Notre personnel politique dans sa majorité se rallie encore à de Gaulle par méconnaissance surtout des grandes figures de la 3ème République qu'illustra un Clemenceau.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.