Macron, les illusions perdues

La presse se fait l'écho jour après jour des bruits de couloirs Élyséen pour préparer l'opinion à quelques surprises attendues du prochain discours d'Emmanuel Macron aux Français, envisagé dans la 1ère quinzaine de juillet. Le 16mars, l'air et le ton faussement attendris et compatissant dans son exercice de réconciliation avec les Français qui le rejettent, n'ont pas contribué à faire baisser sa côte d'impopularité. Il a changé de registre en appelant à l'union nationale des partis politiques autour de sa majorité sans autre succès que l'indifférence des responsables. Il s'est alors replié sur une union de façade avec ses prédécesseurs afin de recueillir leurs conseils pour l'avenir de son mandat. Il aurait ainsi reçu Sarkozy et Hollande tout en invitant aussi Giscard d'Estaing sorti de l' oubli à 95 ans pour une main baladeuse dénoncée par une journaliste. Ainsi, Macron consulte, consulté à tours de bras afin de trouver une nouvelle orientation pour terminer son mandat sur de nouvelles promesses ciblant son contrat social pour lequel il cherche à se réinventer après la sortie de crise de la pandémie. Nous savons sur quoi débouche sa capacité d'écoute des revendications et propositions d'une poignée d'élus et de citoyens apparemment triés sur le volet. Qu'à t-il sorti de son chapeau après ses longues interventions de technocrate dans le Grand Débat et alors que l'attente des consultations sur la protection de l'environnement rencontre peu d'écho? Au vu des sondages qui se répètent, les Français qui croyaient encore à Macron pour redresser le pays ont perdu toutes leurs illusions.

Espérons que parmi ses si nombreux conseillers et gens de cœur venant de tous les horizons, il s'en trouvera un pour lui faire lire l'entretien donné au Monde par l'historien et philosophe Marcel Gauchet dans l'édition datée du 8juin.Celui-ci délivre un jugement sévère et implacable sur l'art de gouverner de Macron depuis son intronisation devant la pyramide du Louvre le jour de son élection. Pour lui, Macron n'a pas la stature de l'homme d'Etat capable de composer avec les institutions de la 5ème République taillées sur mesure pour servir les ambitions d'un général s'identifiant à lui seul à la France. Par amour de lui-même, revendiquant sa légitimité de son élection au suffrage universel, son exercice du pouvoir est sans partage. Disposant d'une majorité parlementaire, il a neutralisé le rôle du Parlement constitué du Sénat et de l'Assemblée Nationale dont la mission est de contrôler le gouvernement et de voter les lois. Ainsi, bipassant tous les corps intermédiaires, il fait remonter directement à lui toutes les prises de décisions s'arrogeant le fait du prince.

Parvenu à plus de la moitié de son mandat, Macron n'a fait qu'aggraver la fracture sociale et tenter de déposséder les Français de leurs acquis sociaux où figurent l'accès aux soins hospitalier et à l'éducation pour tous. Sur la scène internationale la France a été rabaissée au rang d'une puissance moyenne dont il partage la responsabilité avec au moins ses deux prédécesseurs. Peut-on conclure en affirmant que si Macron entretien encore quelques illusions sur la réussite de sa fin de mandat, les Français qui ont voté pour lui ont fini par perdre toutes leurs illusions sur sa capacité à gérer le pays et à le sortir de la crise qui fait suite à la pandémie. 

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