Macron, le coup de force

L'ambitieux monsieur Darmanin s'est berné d'illusions quand Macron en a fait son ministre de l'Intérieur car il a cru coiffer la casquette de Premier flic de France sans comprendre que Macron l'avait déjà endossée et que lui revenait simplement le bonnet de larbin de son maître de l'Elysée ou en termes plus respectueux son collaborateur direct à l'image des autres ministres du nouveau gouvernement. Et le Premier ministre direz-vous, il n'est que le faire valoir provincial de la parole élyséenne.

A peine sorti momentanément de la crise sanitaire et totalement désarmé devant les effets d'une crise économique ravageuse pour l'emploi, Macron tient bon sur la réforme des retraites, refusant une pause comme souhaitée par les syndicats CFDT en tête. Il a besoin de sa réforme pour s'assurer du plébiscite d'un électorat réduit à la portion congrue de 20%,mais qui avec la désaffection des urnes par la majorité des Français en mal de démocratie, peut lui laisser carresser encore l'espoir d'être réélu en 2022. Rappelons que l'objet de cette réforme n'est pas de mettre en place un système plus égalitaire pour les ayant-droits comme prétendu, mais de couper dans les dépenses.

Bloqué par l'ampleur des grèves dans les transports, entretenues par la Sncf et la RATP, Macron avait décidé de passer en force en s'affranchissant du temps du débat parlementaire et en faisant appel au coup d'Etat du 49.3. Il dut y renoncer au moins provisoirement, la crise du coronavirus étant passée par là. Démontrant que sa fermeté est inébranlable, il n'a d'autres choix que de revenir au 49.3.

Macron s'est donné toutes les chances de réussir son coup de Force car vient à sa rescousse le retour qui s'annonce du virus dont la circulation en repli ne s'est pas arrêtée pour autant. Il mise probablement sur un retour du confinement qui mettrait fin à toutes les tentatives de manifestations des opposant à sa réforme et ils risquent d'être nombreux. Si le pays échappait à un retour de la pandémie, Macron n'en serait pas désarmé pour autant. En effet, il se prépare à refouler toute manifestation de rues contre sa réforme en ralliant à lui ses forces de police qui se sont illustrées par des actes de violence contre les gilets jaunes, qui ne relevaient plus du maintien de l'ordre républicain mais de la guerre de rues. Ce n'est pas sur le nouveau Garde des Sceaux, maître Dupond Moretti, qu'il faut compter pour faire respecter le droit à manifester quand on sait le jugement qu'il porte sur la liberté d'expression de la presse d'investigation et tout particulièrement quand elle traite des débordements de la police. 

Sommes nous ici en pleine fiction ? Je ne le crois pas, Macron est prêt à tout pour garder les rênes du pouvoir quitte à s'affranchir de l'adhésion des Français. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.