Lubrizol, silence il n'y a rien à voir

Deux semaines ont passé depuis l'explosion et l'incendie de l'usine chimique de Lubrizol à Rouen, sinistre qui fut doublé de l'incendie d'aires de stockage jouxtant l'usine et indépendantes de Lubrizol. En pleine nuit,plus de 5 000 tonnes de composés chimiques stockés chez Lubrizol auxquels s'ajoutent  5 000 autres tonnes sur les autres zones de stockage, sont parties en une fumée noire recouvrant toute l'agglomération rouennaise avant de se diriger aussi loin que possible au nord du département. Ce nuage noir était chargé des cendres de ces produits chimiques dont les retombées au gré des vents se sont déposées sous forme de suies souillant rues, maisons, immeubles et tout espace à découvert jusqu'aux zones cultivées et d'élevage. Mais qu'en est-il pour les populations qui pour sortir de la nuit de l'incendie ont inhalé jusqu'à en suffoquer un air irrespirable chargé des gaz dégagés par l'incendie?

Confrontés au mouvement d'indignation de la population,les pouvoirs publics préfet en tête, se sont voulus rassurant en publiant les premiers éléments aussitôt disponibles sur la qualité de l'air. Devant l'incrédulité des habitants sur le discours ainsi délivré et accompagné de la publicité faite sur le déplacement de quatre ministres suivis du premier d'entre eux répondant aux multiples interrogations soulevées par l'ampleur de ce sinistre dont la résonance dans les médias fut à la hauteur de l'évènement, les autorités prônèrent la transparence. A leur demande, Lubrizol publia la longue liste des composés chimiques tant organiques que leur contenu en métaux divers entreposés dans les fûts et qui ont alimenté l'incendie. A noter que cette information est restée lettre morte pour les produits stockés en dehors de l'usine de Lubrizol. La publication de ces données sur la nature des produits s'est avérée d'aucun intérêt immédiat pour le public en l'absence de données sur leur degré de toxicité et le danger qu'ils pouvaient présenter à cours et long terme pour la santé des habitants les plus exposés dans la ville et ses environs.

Pour répondre aux exigences de santé publique,il fut annoncé une campagne de prélèvements de ces suies et autres boues noires contaminant les sols avait été conduite dans les plus brefs délais mais que les résultats nécessiteraient un certain délai .Pendant ce temps, la pollution de l'air ambiant contaminé par les gaz continuait de faire l'objet d'un suivi continu.

Aujourd'hui, le silence a fait place à la vague d'émotion largement relayée par l'ensemble des médias dans les jours qui ont suivi cette catastrophe sanitaire intervenant sur un site classé Seveso. Ce silence, n'en doutons pas, répond à celui des autorités jusqu'au sommet de l'Etat sur la réponse des scientifiques et autres experts en toxicologie en possessions des premiers résultats des analyses. Les premiers éléments sur l'analyse de l'air ambiant et sa concentration plus qu'anormale en dioxine qui viennent de tomber n'ont fait qu'accentuer les craintes exprimées par la population car soulevant en premier lieu la question de leur interprétation.

Dans l'attente de plus amples informations et de leurs conclusions, il est de notre responsabilité de citoyens de s'interroger sur l'importance des moyens mis en œuvre par les pouvoirs publics pour répondre aux questions de santé publiques soulevées par la catastrophe. Disposons nous des équipes et des outils nécessaires à l'évaluation du risque auquel a été exposée la population touchée par le sinistre ?Il reviendrait au préfet de région d'informer l'opinion sur les études entreprises afin de dégager un consensus sur les conséquences de la catastrophe pour la santé des personnes et sur la nécessité d'un suivi médical qui s'imposerait.

En attendant, les rouennais se mobilisent et manifestent pour connaître la vérité sur leur sort. Seront-ils entendus!

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