La Conciergerie plutôt que Notre-Dame

L'incendie de Notre-Dame avec la destruction de sa voûte a attiré une foule de parisiens venus constater avec émotion l'atteinte portée à ce monument historique. Les médias, presse et radios en tête ont rendu compte de cette dévotion en invoquant les témoignages de visiteurs mobilisés par le symbole que représentait la cathédrale pour les racines millénaires de la France avec son évangélisation chrétienne, et pourquoi pas célébrer son attachement à la royauté. Ceci nous rappelle la décision de Macron de choisir le palais du Louvre pour l'intronisation de son investiture comme président de la République. Pour moi, tout républicain doit revendiquer ses racines dans la Révolution qui a fait de la France aux yeux du monde la patrie des droits de l'homme tout en popularisant sa devise liberté, égalité, fraternité. Plutôt que le pèlerinage à Notre-Dame, j'ai toujours choisi de me déplacer devant la Conciergerie vue de la rive droite de la Seine. De ce poste d'observation, j'imagine Danton les poings liés et la tête haute sur sa charrette ainsi que plus tard celle avec Robespierre, St Just, Couthon se dirigeant vers l'échafaud pour le prix de leurs idées pour libérer le peuple de sa soumission.

La République pour se libérer de l'emprise de la religion remontant à la nuit des temps a défendu la laïcité en faisant adopter la loi de 1905 instituant la séparation de l'église et de l'état. Toutes les religions et la chrétienté en tête proclament leur foi non pas pour élever l'âme de ses fidèles mais pour les asservir aux mains des puissants.

Aujourd'hui, l'opinion publique dans le monde entier en dévoilant les mœurs d'une partie du clergé de l'église catholique jusqu'au sommet de sa hiérarchie démontre la mystification de ses prêches pour dominer les esprits et imposer son pouvoir sur nos sociétés sous tous les régimes et même les plus dictatoriaux. 

Ma conviction s'est faite il y a déjà bien longtemps à la lecture du testament de Marc Bloch, ce grand maître de l'histoire savante, peu avant d'être fusillé par les allemands. Il y revendique sa judéité et son éducation religieuse mais demande à être inhumé civilement. Cette prise de position ultime face à la mort nous éloigne de ce qu'il est convenu de retenir chez Marc Bloch avec sa formule associant le sacre de Reims avec la fête de la Fédération. 

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