On ne prête qu'aux riches dans le monde de Macron

Il y a deux poids deux mesures dans la gestion des finances du pays par Emmanuel Macron suivant que vous soyez puissants ou appartenez aux classes populaires, à la plèbe. À peine sorti de la crise sanitaire et avant une possible seconde vague de la propagation du virus, Macron a décidé de revenir sur son projet de réforme des retraites pour tenir sa promesse électorale. Il n'est plus question aujourd'hui de vendre l'idée qu'un régime universel permettrait de relever les petites pensions en mettant fin aux régimes spéciaux, le pouvoir justifie son projet de réforme en mettant en avant l'urgence de mettre un coup d'arrêt au déficit des régimes de retraite dans leur ensemble qui par ces temps de crise ne cesse de se creuser pour atteindre déjà 29,4 milliards d'euros en 2020.

Voici donc la vitrine que Macron présente aux Français pour défendre la rigueur de sa gestion des finances publiques. Mais l'envers de ce décor est bien différent quand la Cour des comptes aujourd’hui épingle sévèrement la responsabilité d' EDF et de l'Etat dans l'échec de la construction de l'EPR de Flamanville. Voici un réacteur de 3ème génération dont la construction a été démarrée en 2007 pour une mise en service en 2012, qui a pris un retard de plus de 10 ans et dont le coût sera multiplié par plus de 3 pour atteindre 19,1 milliards d'euros sans autre mauvaise surprise d'ici là. L'électricité produite aura un coût de 110 à 120 euros par megawattheure, soit 2 fois celui de la production actuelle. Cela revient à dire qu'EDF vendra à perte la production de son réacteur de nouvelle génération, faisant planer un doute sur sa capacité à produire des réacteurs de ce type à des coût rentables. Il reviendra donc aux consommateurs et aux contribuables de renflouer EDF, entreprise publique pour de telles pertes d'exploitation. Cette nouvelle charge s'ajoutera à la dette d'EDF qui s'élevait à 41milliards d'euros fin 2019 et qu'il faudra bien rembourser un jour en ponctionnant les contribuables. La Cour des comptes explique ce désastre financier par la compétition qui s'est instaurée entre les deux acteurs du nucléaire, entreprises publiques, EDF et AREVA, et qui a conduit à la faillite de la seconde sur laquelle régnait Anne Lauvergeon. De son côté, Bernard Henri Lévy préside EDF depuis fin 2014 et a largement sa part après Henri Proglio auquel il a succédé, dans le manque de contrôle de son groupe. Mais là n'est pas tout l'enjeu de la sévère critique du rapport de la Cour des comptes car indirectement elle devrait s'adresser tout autant à la faillite du contrôle d'EDF par l'Etat quand à partir de sa prise de fonction en 2014, Emmanuel Macron a dirigé le ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. Sans connaître l'étendue du regard qu'il a pu porter sur les dérives de la gestion d'EDF et la portée des alertes reçues, comment a-t-il pu passer sous silence une situation qui va peser lourd sur le soutien financier que l'Etat devra apporter à EDF pour éviter une nouvelle faillite.

Avant de se saisir de la question des retraites pour en faire le marqueur de son programme électoral, et dans poursuivre encore aujourd'hui l'exécution, comment ne pas s'étonner qu'au vu de la dérive des coûts du nucléaire auxquels son ancien poste de ministre aurait du attirer son attention, il n'ait pas fait figurer dans le contrat passé avec son électorat, le redressement d'EDF ? Sous sa présidence, passer personnellement sous silence le désastre financier d'EDF et se priver d'en désigner les responsables, Anne Lauvergeon hier et Jean Bernard Lévy aujourd'hui, est vu par ce cochon de payeur comme est désigné le consommateur et le contribuable, comme le résultat d'une connivence des élites dans ce pays, qui de Macron à ces derniers sont issus des grands corps d'Etat, Inspection des Finances, Mines ou Télécom ! 

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