Réforme des retraites, un recul social

Le gouvernement lance la concertation sur la réforme des retraites. Concertation est le maître mot, elle s'adresse tant aux syndicats qu'au public à l'occasion de ce qui s'appelle encore un grand débat. L'objet de cette réforme serait de remplacer les 42 régimes de retraites existant et couvrant toutes les branches d'activités par un seul régime universel. La situation des retraités en France est la plus privilégiée parmi les pays les plus en pointe sur le plan social. Son poids est de 14% dans le produit intérieur brut. Ainsi, Macron et son gouvernement veulent faire table rase des acquis sociaux qui du Front populaire au programme du Conseil national de la Résistance ont doté la majorité des français de droits à la retraite acceptable pour tous. Depuis des décennies, ces régimes de retraite font l'objet des gouvernements qui se sont succédés, de velléités de réformes en profondeur qui n'ont jamais vu le jour à l'exception de quelques ajustements dont le plus significatif fut sous Sarkozy de porter l'âge de la retraite de 60 à 62 ans. Nul doute que le financement de ces régimes de retraites pose un problème dans son principe qui repose sur les cotisations des actifs pour servir les pensions des retraités alors que dans le même temps la population des retraités progresse plus vite que celle des actifs et que l'élévation du taux de chômage à 8,2% affecté d'autant les rentrées de cotisations.

La réforme voulue par Macron serait de remplacer le système existant par un principe simple, tout euro cotisé donnerait un droit à la retraite. Ainsi, les bénéficiaires des plus bas salaires toucheraient les plus faibles retraites et ceux des plus gros salaires les plus fortes retraites maintenant les profondes inégalités entre la France d'en bas et la France d'en haut. Les 42 régimes d'aujourd'hui ont pour avantages, au moins pour certains d'entre eux d'atténuer ces inégalités. Nul doute que le projet Macronien de réforme n'est pas de rechercher un nouveau progrès social promulguant plus de justice dans la répartition des cotisations entre fortes et faibles retraites mais de rogner sur les dépenses de l'Etat. Après avoir fait appel jusqu'ici à l'augmentation des taxes et de l'impôt dit de csg pour équilibrer recettes et dépenses, il ne peut plus y recourir sans soulever une vague d'impopularité.

Cette impasse budgétaire relève de plusieurs facteurs, et en premier lieu de l'absence d'une politique industrielle créatrice d'emplois faute d'investissements auxquels Macron et ses prédécesseurs n'ont pu porter remède. L'argent a manqué à l'état suite à la mauvaise gestion de nos entreprises nationales dont les exemples les plus flagrants ont été l'achat ruineux d'Uramin, scandale financier, par Areva, le gouffre financier de la construction de l'EPR de Flamanville, le passage au privé de GDF fusionné dans Engie, le déficit chronique de la SNCF. À cet impéritie s'ajoute la braderie de notre industrie comme illustrée par la cession du pôle énergie D'Alstom à GE. 

D'autres voies s'imposaient pour redresser nos finances publiques au premier rang desquelles la lutte contre l'évasion fiscale. Nous venons d'apprendre qu'elle a rapporté 9 milliards d'euros et que la cellule en charge de ces recouvrements a été dissoute. Des milliards d'euros sont perdus chaque année faute de recouvrir l'impôt sur des fleurons du cac 40 qui pour éviter de s'en acquitter totalement ou partiellement delocalisent leurs centres de profils dans des paradis fiscaux sans que Bercy n'intervienne.

Au delà de ces considérations, il revient à nos hommes politiques jusqu'au sommet de l'état, à donner l'exemple de la frugalité alors que ceux-ci par l'accumulation des mandats bénéficient d'autant de droits de retraite. Comment ne pas fustiger ces anciens donneurs de leçons tels Fabius et Juppe qui retraités ont recherché à s'enrichir un peu plus en entrant au Conseil constitutionnel où encore au retraité Toubon défenseur des droits avec une rémunération de 14000€ par mois.

Pour conclure ce plaidoyer, ironisons en constatant que Macron prônant au nom de l'Europe un rapprochement avec la Russie de Poutine, en prend bien le chemin en œuvrant à la baisse des retraites des français comme l'a fait son mentor, il y a 2ans, dans son pays. Les résultats des élections municipales en Russie qui viennent de tomber et servent d'avertissement à Poutine, devraient alerter Macron sur l'avenir de sa réforme des retraites, un recul social. 

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