Nucléaire en France, des questions peu de réponses

L'avenir du nucléaire en France est une grande affaire qui ne peut être laissée entre les mains de la seule vision d'Emmanuel Macron telle qu'il l'a exprimé lors de sa visite à Framatome au creusot. Si le débat peut relever d'une nouvelle convention citoyenne, les décisions à prendre sont du seul ressort du vote des parlementaires. Le problème avec cette 5ème République est que chaque parti politique joue sa contribution sur un vote bloqué, ce qui dénature l'expression de la volonté populaire loin des leçons de la 3ème République.

La France s'est engagée dans le tout nucléaire dans les années 1970 et nous disposons aujourd'hui d'un parc de 56 réacteurs en service. La part du nucléaire dans le mix de la production d'électricité est de 75%. Il est difficile ainsi pour la France de sortir du nucléaire et nous ne pouvons qu'acquiescer quand Macron dit que le pays ne peut se passer du nucléaire tout en ramenant sa part à 50% à l'horizon de 2035. Dans sa présentation, le président de la République a évoqué les questions qui sont loin d'être réglées concernant l'exploitation de notre parc de centrales nucléaires au premier rang desquelles la sûreté et le problème des déchets radioactifs. Très évasif, Macron n'a pas commenté plus loin les 2sujets et il nous faut les aborder ici. 

Le problème de la sûreté est de deux ordres, d'une part le vieillissement des réacteurs et la poursuite de leur activité, d'autre part les risques environnementaux sous estimés jusqu'ici auxquels sont exposés les réacteurs en service. 

Notre parc de centrales nucléaires est composé de 32 réacteurs de 900 MWe, 20 de 1300 MWe et les 4 derniers de 1450 MWe. Les premiers ont atteint la limite des 40 années de service pour lesquelles ils ont été conçus. L'Autorité de Sûreté Nucléaire procède tous les 10 ans à une impection de chaque réacteur du parc. Pour parvenir à assurer 50% de la production d'électricité, il faudra allonger la durée de vie de ces premiers réacteurs bien au delà de 40ans, soit 50ans voire 60ans. Cela demande de très grands travaux très coûteux avec un renouvellement des équipements toujours possible sauf en ce qui concerne la cuve et son enceinte en béton qu'il faudra renforcée. Cela représente plusieurs dizaines de milliards d'euros auxquels il sera difficile pour EDF de faire face compte tenu d'un endettement déjà très élevé alors que subissant la crise économique son compte d'exploitation est en perte. Sur cette question de sûreté, l'Autorité responsable est très vigilante et exigeante. À ces difficultés s'ajoute l'exposition à des risques qui interrogent aujourd'hui comme les secousses sismiques ou encore le réchauffement climatique qui réduit fortement le débit des fleuves et rivières comme à Civaux avec la Vienne, jusqu'à poser des problèmes d'exploitation au niveau des piscines de refroidissement. Au delà du vieillissement de notre parc, se pose la question de son renouvellement qui repose sur les nouveaux réacteurs EPR. Le premier de ce type en construction à Flamanville a vu son coût initial multiplié par 4, 12 milliards d'euros aujourd'hui et sa mise en service repoussée d'année en année sans être assurés qu'il fonctionnera en 2023. La raison évoquée pour cet échec est la perte de notre expertise au fil du temps, au point que le chef de l'Etat vient de repousser après 2022 toute décision pour la construction de futurs EPR

Tout aussi important est le chantier ouvert depuis des années pour trouver une réponse au stockage à vie des déchets radioactifs. Le projet à l'étude depuis des années de leur enfouissement sur le site de Bure dans la Meuse n'a toujours pas trouvé d'issue tant sous l'angle technologique que sur l'acceptation des riverains et des mouvements écologiques sur la finalité du projet. Pendant ce temps, les déchets radioactifs continuent à s'entasser dans des piscines avant d'être stockés à l'air libre sur des zones anciennes et nouvelles de moins en moins tolérées par la population ainsi exposée. Donc, la production des déchets radioactifs se poursuit sans aucune perspective sur leur destination finale et la résolution des problèmes environnementaux soulevé autour des sites de stockage. 

Au final, la vision d'Emmanuel Macron pour la première fois où il prend la parole pour l'avenir du nucléaire est bien à courte vue. 

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