Royaume Uni, grand large ou désunion

Avec le Brexit la Grande Bretagne a lâché ou plutôt tranché ses amarres avec le continent. Les électeurs qui ont voté le Brexit en 2016 parmi lesquels les déclassés de l'ancienne zone industrielle du Nord de l'Angleterre sont fiers d'avoir retrouvé leur indépendance vis à vis de l'Europe et de retrouver le statut de sujets à part entière de la Reine. La rupture avec le continent est totale et la démonstration en est faite avec le refoulement des immigrés venus encore de toute l'Europe de l'Est. Boris Johnson a vendu le Brexit aux Anglais en leur promettant que leur pays retrouverait toute sa grandeur en prenant le large. Finies les contraintes des réglementations de Bruxelles aux profits d'accords commerciaux unilatéraux avec leurs anciens dominions. Ainsi, la majorité des Anglais se détourne de leurs voisins européens et la brisure semble totale. C'est toutefois faire abstraction des échanges commerciaux avec l'Europe dont la Grande Bretagne a toujours su tirer partie avec profit.

Face aux provocations et aux gesticulations de Bojo, les pays de l'Europe se sont montrés   indifférents au repli de l'Angleterre sur son île. Nombreux ont ressenti un certain soulagement à voir la Grande Bretagne quitter l'Europe car elle était considérée comme un empêcheur de tourner en rond, freinant de nombreuses initiatives pour rendre l'Europe plus solidaire. La City avait défendu son monopole en ne renonçant pas à sa devise la livre sterling. Aussitôt après le 1er janvier Bruxelles a fait l'expérience des premières tentatives de Bojo pour donner un coup de canif au contrat des accords de Bruxelles, réduisant ainsi les zones de pêche au profit des Français ou encore en refusant toute barrière douanière entre les deux Irlandes.

L'Europe ne peut rester indifférente au pari de Bojo de faire du Royaume Uni une grande puissance renouant avec une relation privilégiée avec les États-Unis et avant tout tirant le plus grand bénéfice de ses échanges avec le monde entier facilités par la déréglementation. Si l'Angleterre en prenant le large réussit le pari de Bojo, son modèle d'indépendance risque fort de faire des émules au premier rang desquels la France en élisant Marine Le Pen, mais aussi l'Allemagne qui forte de sa puissance économique retrouvée et de son leadership considérerait l'union européenne comme un boulet. Sans la Grande Bretagne, l'Europe est moins armée pour défendre son indépendance face aujourd'hui aux États-Unis et demain à la Chine. Là ne réside pas le seul enjeu car la politique étrangère de l'Europe sort affaiblie de sa désunion avec la Grande Bretagne.

Rien n'est moins sûr que le succès deBojo dans son entreprise de restaurer la grandeur de son pays en terme de puissance économique et s'il échouait la rançon serait le succès de l'entreprise séparatiste de l'Ecosse accompagnée de la volonté renouvelée d'indépendance de l'Irlande.

Comment ne pas conclure en adhérant au message de Michel Barnier affirmant que le Brexit est une mauvaise affaire aussi bien pour le Royaume Uni que le Continent européen 

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