Indépendance, un piètre alibi pour la nomination de Monsieur Folz

Désigner un expert indépendant c'est comme former une commission d'enquête, l'habituelle pratique d'un gouvernement en France pour circonvenir ce qui peut devenir un prochain scandale. Face au désastre financier de la construction de la centrale de Flamanville dont l'année de mise en service reste de plus en plus problématique, notre ministre de l'économie et des finances Bruno Le Maire s'est enfin interrogé au nom de son gouvernement et il y a tout lieu de croire du président de la République, sur les raisons de cet échec évoquant entre autre, la perte des compétences dans notre savoir-faire qui a fait du nucléaire un fleuron technologique, dit-il de la France mais aussi une mauvaise gestion de ce projet. Un expert indépendant à donc été nommé pour enquêter sur cette affaire d'état. Celui-ci a été trouvé en la personne de Monsieur Jean-Martin Folz, ingénieur du corps des mines avec la réputation d'ancien président directeur général de PSA dont la carrière s'est déroulée en dehors du champ d'expérience du nucléaire. Ce dernier facteur a été mis en avant par le ministre pour convaincre de l'indépendance de ce futur limier. Comment ne pas en douter ? Le nucléaire français qui ne nous a pas encore dévoilé toutes ses mauvaises surprises, a été l'œuvre pour l'essentiel, de maîtres d'ouvrage issus du prestigieux corps des mines.

Au sujet de cette élite que nous retrouvons partout dans l'industrie française, comment ne pas faire le rapprochement avec la prise de position de l'ancien ministre Jean Pierre Chevenement  dans un article récent publié par le figaro à propos de l'usine de Belfort et de ses suppressions d'emplois, passée sous la coupe de l'américain GE avec l'ensemble D'Alstom énergie, sous la présidence de Patrick Kron issu lui aussi du corps des mines. Ce vétéran du sérail politique dénonce dans le rôle joué par Patrick Kron dans le démembrement d'Alstom la perte de patriotisme de nos élites. S'agissant du nucléaire français comment imaginer que Monsieur Folz puisse mettre en cause cette élite du corps des mines dont il est issu et au sein de laquelle il faudra bien trouver les responsables du fiasco de Flamanville.

En réponse aux interrogations du ministre de l'économie et des finances, le citoyen et contribuable est en droit en l'absence de réactions des élus, d'interpeller le ministre sur les justifications qui ont conduit à choisir Monsieur Folz au nom de son indépendance sans omettre celle vis à vis du système de cooptation bien français des élites entre elles, des ingénieurs du corps des mines aux énarques, pour lever le voile sur le scandale de la construction du nouveau réacteur EPR de 3ème génération installé à Flamanville.

Ici, il ne s'agit pas de patriotisme mais de servir l'état. 

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