Macron et après

Récemment dans les matins de ma radio, j'ai écouté un éminent historien traiter de la différence entre les qualités d'un candidat à la charge suprême et sa capacité à gouverner. Il en concluait qu'Emmanuel Macron avait été un excellent candidat, pour se révéler ne pas avoir la carrure d'homme d'Etat que lui aurait conféré le suffrage universel. Et de confronter  ce jugement à l'expérience de l'histoire qui a fait de Pierre Mendès France et de Michel Rocard des candidats effacés pour l'accession à la charge suprême dans la 5ème République alors que premiers ministres, ils furent talentueux dans l'art de gouverner hissant Mendès France malgré son court mandat, de mon point de vue, bien au dessus du lot des présidents de la 5ème République. Porter un jugement sur les 19 premiers mois de la présidence d'Emmanuel Macron alors qu'il est confronté à la crise de société la plus grave de l'après guerre peut être considéré comme un choix critiquable mais je ne peux m'empêcher d'exprimer ce point de vue.

Comment notre système politique a-t-il pu porter à la fonction présidentielle et au pouvoir sans partage que lui confère les institutions de la 5ème République, un homme venu de nulle part si ce n'est de la banque Rothschild et d'une seule charge de ministre dans un gouvernement se revendiquant du parti socialiste de Jean Jaurès! Après son intronisation au Louvre et doté de tous les attributs du pouvoir, Emmanuel Macron s'est cru porteur d'un projet dont la réforme était le maître mot. Pour lui, le redressement du pays et la résorption du chômage revenaient à s'attaquer à l’endettement passé de 64,5% du produit intérieur brut avant la crise financière de 2008 à près de 100% aujourd'hui, en maîtrisant par priorité les déficits. Pour y parvenir, il n'avait qu'un joker, remettre en cause les acquis sociaux des classes laborieuses au premier rang desquels celles dites moyennes. D'où l'annonce d'un plan de réformes s'attaquant au pognon de dingue alloué à la protection sociale sans parler des retraites. Dans l'attente de la mise en place de ces réformes requérant le temps long, il fit appel à l'impôt sous couvert de la défense de l'environnement en imposant une nouvelle taxation des carburants. Ce fut comme l'on dit les chroniqueurs, la goutte d'eau qui fit déborder le vase provoquant l'émeute de la nébuleuse des gilets jaunes qui sans soulever les masses par peur de la répression des forces de l'ordre fit reculer le gouvernement et mit à l'épreuve nos institutions par la multitude des revendications des gilets jaunes.

Retenons le mal à vivre des habitants de la France périphérique, des banlieues et des zones rurales oubliées. A ce mouvement protestataire marqué par des désordres dont les images de décembre ont fait le tour du monde, Macron sortant du G20 en Argentine réitère sa volonté de garder le cap en maintenant l'augmentation des taxes décidée sur les carburants. Hélas, il dut de façon urgente changer de discours avec des mesures de redistribution de pouvoir d'achat  aux plus démunis. Entre temps, bien qu'en recul dans leur mobilisation, les gilets jaunes les plus motivés mettent en cause les institutions de la 5ème République avec pour toute réponse de l'Etat,d'un coté le recours à la répression et de l'autre la proposition d'un grand débat national aux contours mal définis alors que les maires des petites villes et des autres communes sollicitées car plus proches des populations, ouvraient des cahiers de doléances.face à cette crise profonde dans laquelle la France est enlisée sans réelle promesse de sortie, comment ne pas mettre en cause la personnalité même du chef de l'Etat qui a voulu imposer de façon autoritaire et sans dialogue avec les intermédiaires du peuple ,des recettes de technocrate, conséquences de l'ultra libéralisme de la mondialisation, impactant les conditions de vie des petites gens des classes moyennes.

Au fossé qui s'est creusé de plus en plus depuis Chirac, Sarkozy, Hollande et maintenant Macron entre la France des riches et les classes moyennes jusqu'à la France d'en bas s'est ajouté le divorce entre les représentants de la nation et leurs électeurs sans compter les abstentionnistes .Et pourtant, s'il existe encore un espoir de sortie de crise, il faudrait le voir dans la dissolution de l'Assemblée Nationale avec de nouvelles élections toutes aussi dangereuses pour la démocratie. En conclusion, l'espoir suscité par l'élection d'Emmanuel Macron a fait long feu. la question que tout citoyen lucide doit se poser est par qui le remplacer.

Ne désespérons pas de la politique, il existe encore des hommes compétents prêts à servir le pays pour le meilleur et non le pire pour peu qu'ils comprennent le message de révolte des gilets jaunes et y répondent en réconciliant les forces vives de la nation dans le respect des règles de la démocratie. Vaste programme en effet.

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