De Mitterrand à Macron, un revenant le Chevènement

Je le croyais fini, mais non. A quatre vingts ans, il continue à aller de l'avant. Il est vrai qu'il n'est pas le seul. Invité de France Culture ce 11 janvier, Chevènement s'est prêté au jeu des questions et des réponses, à propos des questions du jour qui font l'évènement. Comme ancien Ministre de l'Intérieur de Mitterrand, il était intéressant de connaître le jugement qu'il portait sur la mise en cause des forces policières dans leur affrontement avec les manifestants, des gilets jaunes aux grévistes. Partant du principe que la réponse de l'autorité  doit-être proportionnée et appropriée, ne déjugeant pas  la prise de position du Préfet de Paris, il ne trouve rien à redire au rapport de force entre d'un coté, policiers, gendarmes, gardes mobiles et autres intervenants super protégés corporellement, équipés de matraques, de fusils flash-ball capables d'éborgner dans des tirs de proximité, et de grenades lacrymogènes chargées de TNT et mutilantes,et de l'autre coté, des civils qu'il dit armés de cocktail molotov et de pavés. Il oublie simplement de préciser qui  furent les premiers responsables de la violence.L'ancien Ministre fit remonter aux grèves de 1948  après la guerre, la tradition de la violence dans la répression des manifestations connues par notre pays.Lui, grand admirateur de de Gaulle dès sa jeunesse, aurait pu rappeler les tueries du régime gaulliste dans la répression d'octobre 1961 des ouvriers algériens manifestants dans Paris pour leur indépendance, suivies en février 1962 des morts de Charonne parmi les opposants , surtout des communistes , à la guerre d'Algérie.

Après s'être prononcé sur l'attitude des forces de l'ordre face aux manifestations des grévistes aujourd'hui, l'ancien tenant du plus pur idéal socialiste devait en traiter la cause, l'adoption du régime de retraite universelle à points en remplacement du régime par répartition. Plus royaliste que le roi, l'homme du C.E.R.E.S apporte un soutien total à Macron président car ce nouveau régime universel de retraite à points figurait dans le programme électoral pour lequel il fut élu avec deux tiers des voix et que toute remise en cause ne pouvait relever que des élections à venir. A ce verdict sans nuances, comment ne pas lui opposer ce jugement porté par un économiste réputé et respecté, entendu dans les Matins de France Culture et s'avisant de dire que l'information des Français sur cette réforme par le pouvoir macronnien était un gâchis et que le résultat du vote pour l'élection du Président n'était pas une justification suffisante sachant que le projet défendu par le gouvernement n'avait rien de comparable avec le contenu du programme électoral de Macron.

Mais Chevènement ne s'en est pas tenu à son soutien à la politique intérieure de Macron, il se hisse au dessus de la mêlée et se dit porteur d'une mission qui lui a été dévolue pour le rapprochement de la France avec la Russie.Il met ainsi au service de son pays sa relation passée avec le pouvoir russo-soviètique. Comment faire mieux pour se mettre en avant!

Pour terminer son entretien avec la journaliste qui l'interrogeait sur sa préférence parmi les mandats politiques si nombreux qu'il avait exercé, il répondit sans ambages que sa plus grande récompense fut l'exercice de son mandat de maire de Belfort d'une durée de vingt ans. Ce fut l'occasion pour lui de dénoncer la catastrophe de la vente du pôle énergie d'Alstom à Général Electic, dont le berceau était sa ville, lequel au lieu des mille nouveaux emplois attendus de la transaction va procéder à la suppression de cinq cents à six cents emplois. C'était toutefois l'occasion de rappeler à l'élu de Belfort que le responsable direct de ce démantèlement d'Alstom ne fut autre que son protégé Macron œuvrant comme Ministre de l'Economie sous la présidence  de Hollande. C'est le dernier faux pas de notre revenant.

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